mercredi

Bonnes faims d’année - “Vous aimez les huîtres, profitez-en !”


Suivez ce slogan publicitaire qui chaque année, et même toute l’année, grâce à la rapidité des transports réfrigérés, fait que, pour les faims d’année, la popularité de ce mollusque d’exception, consommé principalement vivant, et paraît-il aphrodisiaque, ne faiblit pas. En France, nous en consommons environ 150.000 tonnes par an.
Datés de 230 millions d’années, des fossiles témoignent que l’huître remonte à la plus haute Antiquité. Les Grecs, qui en étaient friands, utilisaient leurs coquilles comme bulletins de vote ; et les Romains, qui pour leurs banquets les faisaient venir à grands frais de Gaule, furent les premiers à organiser leur élevage. Au Moyen Age, les monticules retrouvés attestent une surconsommation. Au XVIe siècle, il était normal d’en gober plus de 150 par personne. Au XIXe siècle, devant l’épuisement des bancs, le gouvernement de Napoléon III développe l’ostréiculture et importe du Portugal la fameuse « portugaise », qui sera introduite à Arcachon puis, accidentellement, dans le bassin de Marennes-Oléron (80 % de la production nationale) après que le Morlaisien, croyant perdue sa précieuse cargaison, l’eut jetée à la mer.

lundi

Le pain dans la P.A.F.

BOURRE-PAF Trop de tout. Trop de tensions en Syrie, trop de kalachnikovs à tous les coins de rue de Marseille, trop d’invectives aux crachoirs radiophonico-politiques, trop de violence quoi, qui réduit déjà le maigre bénéfice des vacances à peau de string dentelle. Et trop aussi de cette guerre entre frères humains de la télévision où, en cette rentrée, la case horaire de l’access prime time a été transformée en une impitoyable et vaine boucherie où les De Caunes, les Hanouna, les Lapix et autres Morandini se disputent férocement le moindre bout de barbaque de téléspectateurs. Nous, on veut un truc gentil. Quelque chose de simple, de vrai, d’authentique ou plutôt, comme le dirait un candidat méridional de Secret Story, d’authentchique. Du pain. Voilà, on veut du pain. Sur le même sujet Bourre-Paf Un pain dans la tronche de M6 Par Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts Instants télé : De grâce, No pardon, Pas la peinePar Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts Le pétrin de l’access Non, on n’allait pas vous lâcher comme ça sur cette bizarre envie de pain. Car il se trouve qu’à peine exprimée, notre brusque fringale a déjà trouvé son exutoire télévisuel. Et c’est bien sûr M6, la chaîne des obsessions ordinaires (trouver un appartement, devenir beau, faire garder les mioches, redécorer la baraque), qui nous comble. Depuis le 26 août, chaque jour à 17 h 35 et cinquante-deux minutes durant, on se fait notre fix de pain, notre sniff de levain, notre shoot de croûte devant la Meilleure Boulangerie de France. Et oui, M6 continue d’essorer jusqu’à plus soif son filon culinaire, exploité de Oui chef ! en Dîner presque parfait, Top Chef, le Meilleur Pâtissier, M.I.AM ou encore Norbert et Jean : le défi.La Meilleure Boulangerie de France, c’est l’habituelle mayonnaise : trois boulangers, trois épreuves, un jury, une finale chaque semaine et, dans deux mois, la grande finale. Idée à la con, vous écriez-vous, et pourtant : le concours panetier rassemble en moyenne plus de 1 million de téléspectateurs pour 13% de parts d’audience, mieux que le Dîner presque parfait qu’il suit et 100% Mag qu’il précède. De quoi, peut-être, sortir M6 du pétrin où stagne son access prime time et, juré, ce sera la seule blague de boulanger que nous nous autoriserons dans cet article. Le bâtard de Pernaut «Un concours incroyable est en marche, croustille la voix off sucrée comme une chouquette, certains vont réussir, d’autres vont défaillir.» Oui, ça rime, mais c’est ainsi, la Meilleure Boulangerie de France, c’est de la poésie. Celle des images d’abord, toutes de vieilles pierres, de fournils culottés par les siècles et de plans champêtres sur nos belles campagnes (laissant entrevoir, bientôt sur la Six, un remix, L’amour est dans le pain, où des boulangers trompés chercheront une compagne mais on s’égare). La poésie des patelins, ensuite. Car, pour l’heure, point de boulangeries urbaines : du sud-ouest et du sud-est visités pendant les deux premières semaines, M6 a pris soin d’éviter les grandes villes pour se consacrer uniquement à des bleds, et tous au nom chantant. Ah, Mur-de-Barrez, Burlats, La Flotte en Ré, Le Tallud, Saint-Pons-de-Thomières… La technique est connue, piquée non pas à Groland, mais à Jean-Pierre Pernaut, à qui cette Meilleure Boulangerie de France est un vibrant hommage posthume. Salut l’artiste. La ficelle de la transmission Et c’est dans la même veine pernautienne que sont choisis les boulangeries candidates : non pas désignées par quelques intellectuels parisiens de M6 (y en a pas) pas plus que par un quarteron de technocrates bruxellois, mais par les clients eux-mêmes, tente de nous faire avaler la voix off. Ceux qui, serine l’émission, sont «fiers de leur boulangerie». Ah parce que vous n’êtes pas fiers de votre boulange, vous ? Et quelles boulanges… On y cultive systématiquement «la transmission», pratiquée, souvent à la rude parce que c’est mieux comme ça, par le maître des lieux, entouré de ses mitrons qu’on imagine sortis de l’enfer de la drogue par la grâce de la farine, celle qu’on ne se fourre pas dans le pif. Systématique aussi, le sourire, corvée évidemment dévolue à la boulangère pendant que son gindre de mari s’active dans l’arrière-boutique. Crucial enfin, le slogan que la prod fait déclamer à chaque team baguette façon Fort Boyard : «Ça, c’est de la tarte !», «Maison Marchetti, on va tout donner !», «Au Baiser du mitron, tous au charbon !» Et notre préf : «Avec la boulangerie Rostain, fini le train-train !» Les miches du jury Mais bien sûr, la loi du genre l’exige, c’est le jury qui dédéise l’émission (du verbe dédéiser : «rendre intéressant un truc fadasse grâce à un juré de type Dédé Manoukian»). Voilà nos deux nouveaux amis : Bruno Cormerais et Gontran Cherrier, genres de Goncourt de la mie, de Prix Nobel du quignon. C’est eux qui visitent les boulangeries, admirent les lieux (Bruno, poète : «On dirait une bijouterie à gâteaux» ; Gontran, bonheur : «La boulangerie correspond complètement à l’endroit où elle se trouve»), avant de les mettre à l’épreuve. Aux trois épreuves en fait. Pour la première, Bruno et Gontran choisissent un produit à l’étal. Pour la seconde, ils dégustent la spécialité maison au nom piqué cette fois chez Groland sinon c’est pas possible : la Coupétade (sur laquelle Gontran casse sa cuillère), le Gibassier et la magnifique Pompe à l’huile d’olive. Pour la troisième, c’est le jury qui décide d’une recette. Chacun des trois actes a son acmé : la dégustation. Silence. Zoom sur les maxillaires des jurés. On monte le son de la mastication scrounch-scrounch. Musique de la peur. Contrechamp sur le boulanger livide guettant l’approbation sur les lèvres décisives de Bruno et Gontran. Enfin, ils vont parler. Et nous qui pensions, de Masterchef en Top Chef, avoir tout entendu en matière de «croquant», d’«engagement», de «volume»… Ils sentent, d’abord : «C’est généreux en termes d’odeur de pain.» Merci Gontran. Ils écoutent, ensuite : «Le pain qui chante», se délecte Bruno. Ils goûtent, enfin : «On a vraiment une mâche régulière», diagnostique Gontran, toujours pénétré. «On a une vraie mâche», confirme Bruno. «Le goulu-gourmand», se pâme Gontran. Bruno s’affole : «On vient se caresser le palais avec ça.» Gontran, torride : «C’est presque humide». C’était bien la peine de ressortir Lui. article de Raphaël GARRIGOS et Isabelle ROBERTS

Les lasagnes hippophages au menu du « Tour du Monde »

Ces célèbres lasagnes ont fait le tour de l’Europe avant de se retrouver dans les rayons des grandes surfaces à 1.50€ le paquet. Mais nos menus nous réservent d’autres offres exotiques…ou tout du moins voyageuses. Les crevettes sont élevées au u bout du monde, envoyées au Danemark chez l’acheteur, transportées par camion réfrigérés au Maroc pour être décortiquées, renvoyées au Danemark et distribuées dans toute l’Europe. Le mimosa qui décor ma table mentonnaise ou que j’achète à l’aéroport de Nice est cueilli sur la côte d’azur, envoyé en Hollande où il est emballé, puis renvoyé à Nice chez un grossiste. On trouve au rayon lait de Normandie, région où il y a plus de vaches que d’habitants, des laits qui proviennent de Pologne, d’Italie, ou d’Allemagne. Quant à ces célèbres lasagnes de cheval Les chevaux viennent de diverses origines La viande est découpée en Roumanie La viande est vendue par un trader hollandais à un trader chypriote Le trader chypriote l’a revendue au groupe français Poujol Le groupe Poujol est pour partie composé de la Holding Spangero et du fournisseur Comigel Comigel est une entreprise de Metz qui fabrique des lasagnes au Luxembourg, et qui revend ensuite les lasagnes à Findus Findus, entreprise suédoise, appartient à des fonds anglais du Lion Capital, et diffuse sur toute l’Europe. On ignore d’où viennent les tomates, les pâtes, les ingrédients de la béchamel, et le fromage de cette marque de lasagnes La locavorité aurait-elle à y gagner ? Le bien-être local et la connaissance de son territoire à quelques mois des municipales ne pourrait-il pas être un maître mot ? Où au contraire continuer de découvrir les produits d’ailleurs depuis chez soi, sans vraiment maîtriser leur contenu, serait-il une solution pour être plus ouvert sur le monde, sur l’ailleurs, sur les autres, sur son prochain… ?

mercredi

Les crabes de Fouras, juste avant la rentrée

Le crabe Crabe, crabe, méchant crabe Rouge et jaune comme un diable Je te tiens dans mon filet. Ah ! que tu es misérable, Crabe, crabe, gringalet , Quand tu n' es plus sur le sable Où la mer coud ses ourlets ! Que vais-je faire de toi, Crabe, crabe méchant crabe Je te vois sauter d' effroi, Mordre dans mon filet vert Et courir tout de travers Allons, bon, je te pardonne. Je vais te rendre à la mer Maurice Carême

dimanche

Sempiternels Barbecues et Salade de fruits




Voila revenue la saison des sempiternels barbecues, saucisses, brochettes, côtes de porc, et autres grillades.

Ce week-end, j'étais invité à un barbecue chez mon beau-frère et ma belle-soeur.
Une tranche de vie pour voir le chef de famille dans toute sa splendeur.




C'est dans cette activité qu'on reconnaît les talents de cuisine d'un homme, un vrai. Dès qu'un homme se porte volontaire pour faire ce type de cuisine, la chaîne d'évènements suivante est actionnée : 1. L'homme sort le barbecue et le charbon de bois.








2. La femme nettoie la grille.3. La femme va à l'épicerie.4. La femme va chez le boucher.5. La femme va chez le pâtissier.6. La femme prépare la salade et les légumes.7. La femme prépare la viande pour la cuisson8. La femme la place sur un plateau avec les ustensiles nécessaires, les épices et les herbes.9. La femme apporte la grille propre et le plateau à l'homme qui est étendu à côté du barbecue en train de prendre une bière. 10. L'homme place la viande sur la grille. 11. La femme va à l'intérieur mettre la table.12. La femme vérifie la cuisson des légumes.13. La femme prépare le dessert.14. La femme revient à l'extérieur pour dire à son mari que la viande est en train de brûler.15. L'homme enlève la viande trop cuite de sur la grille et l'apporte à la femme. 16. La femme prépare les assiettes et les apporte sur la table.17. L'homme sert à boire. 18. La femme dessert la table et prépare le café.19. La femme sert le café et le dessert20. Après le repas, la femme range la table et la nappe.21. La femme fait la vaisselle et range la cuisine.22. L'homme laisse le barbecue en place car il y a encore des braises.23. L'homme demande à la femme si elle a apprécié de ne pas faire la cuisine aujourd'hui.24. Et devant son air dubitatif, l'homme conclut que les femmes ne sont jamais satisfaites.



Dans notre pays de gastronomie à la française et de lois sur la parité, le BBC fumant et crépitant, quelquefois inodorant et immangeable, est venu prendre la place du gigot d'agneau ou du poulet rôti dominical que le maître de maison découpait dans une solanité et une dignité qui créait le respect. Il est vrai que revu au goût du jour, ça dénote un peu, et notre beau pays peut alors remercier les Anne-Sophie Pic, Helene Darroze, Sammut et bien d'autres pour l'image qu'elles donnent du chef d'orchestre.





Pour terminer le repas, la traditionnelle salade de fruit frais trôna dans son saladier. Orange, banane, mangue, poire, pomme, abricot, fraise, ananas, kiwi, l’histoire de ces fruits se confond avec celle de l’alimentation humaine car leur histoire est celle d’un long voyage. En Europe les espèces se sont développées au fil des siècles en particulier dans l’Antiquité avec les mouvements d’extension de l’Empire romain et le brassage des peuples. Puis au Moyen Age avec l’expansion arabe qui mit l’Occident en contact avec l’Orient et l’Extrême-Orient. Enfin avec la découverte des Amériques et les colonisations.
Cette salade de fruits est variée, avec des couleurs, de l'exotisme, un goût différent et moins traditionnel qu'à l'habitude. L'antiquité connaissait les petites fraises des bois à l'état sauvage, les grosses fraises apparurent vers 1750 à Plougastel dans les côtes d'Armor, rapportées par un ingénieur maritime du nom prédestiné de Frézier. La fraise, de par sa texture charnue, sa forme et sa couleur, est un fruit dont la consommation est très sensuelle. Le langage en atteste: au XVIIe siècle les fraises désignaient les tétons des femmes; aller aux fraises signifie flirter. L'actinidia, groseille de Chine, fruit qui nous vient d'extrême orient, produit en Nouvelle-Zélande a été baptisé Kiwi du nom de l'oiseau, emblème du pays. Dans la religion Hindoue, le fruit défendu n'est pas la pomme mais la banane, on donne le nom de " figuier d'Adam " ou " arbre du paradis " au bananier. Pour l'abricot, il fallut attendre le XVIIIe siècle pour avoir la preuve que le fruit n'apportait pas la fièvre, car avant, il était accusé d'être maudit. Aujourd'hui encore le " mech mech " (abricot en arabe) est à l'origine de plusieurs vulgarités. Le sirop d'orgeat est un sirop à base de sucre et de lait d'amande parfumé à la fleur d'oranger.A l'origine il s'agissait d'une décoction d'orge, d'où son nom. Si comme moi vous aimez utiliser les fruits et les légumes dans leurs saisons, vous remplacerez les fraises par des oranges ou par quelques framboises surgelées et les raisins par des grains de grenade! Salade de fruits jolie, jolie…

lundi

Tiens, vous avez sorti le vitriol ! oui mais On a dû arrêter la fabrication, y a des clients qui devenaient aveugles


Vu l'temps d'été qu'nous fournit not sociètè, j'm suis dit par hasard, que pour combler une journée qui s'annonçait bien craignos, avec ma souris à son pageot et mes mectons q'attendaient la bectance, comme ça, mon blaze tout mité que t'es, tu vas t'taper un Audiard. Plus possible d'en avoir gros sur la patate douce avec une bande d'amis comme eux. Ma donzelle, encore plus alourdie de la caboche à cause de son turbin et d'son squelette qui part en goguette, s'y est mise, par dessus mon épaule. Pour elle, une découverte. Pour moi, les retrouvailles de la gouaille, passion d'ado interruptus. On s'est poilé, bidonné, et comme c'était bon d'y aller du grand droit. Du 100% hilarant. La journée du lendemain a passé comme dans un rêve. Merci Audiard. Je te revaudrai ça là-haut.

A propos du vitriol : Il date du Mexicain, du temps des grandes heures, seulement on a du arrêter la fabrication, y'a des clients qui devenaient aveugles. Oh, ça faisait des histoires.

Le vin apporte du sens à l'imaginaire

Le vin inspire les civilisations, qu’elles soient monothéistes, païennes ou mercantilistes. Il a irrigué les pensées des hommes de la Méditerranée. L’évolution historique montre qu’il a pu conquérir l’Atlantique et plus récemment, explorer les rives du Pacifique. Mais ce vin conquérant, n’est-il pas devenu un produit économique ordinaire ? Le vin matériel – la vigne qui doit être cultivée, le moût qui doit fermenter, qui doit être vinifié et élevé… – est-il encore porteur d’imaginaire ? N’y a t-il pas un vin abstrait, intemporel vecteur de civilisation à côté d’un vin quotidien qui ramène aux exigences biologiques, tout juste bon à enrichir le spéculateur, éreinter le besogneux et abreuver le gosier ? La progression des techniques et des moyens matériels dans les vignes et dans les chais n’a t-elle pas irrémédiablement isolé le vin de sa culture ou plus exactement imposé des vins parallèles, sans correspondance concrète, l’un purement imaginaire, et l’autre froidement marchand. On pourrait se montrer sceptique quand à la part d’imaginaire que recèle le travail des vignes ou la technique des œnologues, au XXe siècle, à l’heure du machinisme, de la biochimie ou même aujourd’hui de la standardisation. On pourrait s’interroger sur l’intérêt culturel de ce vin concret, celui qui est produit, pour être vendu, pour être consommé…pour n'être finalement que du vin dans l'absolu.


mardi

Charles Monselet et son "Gastronomie -récits de table"

Charles Monselet ou la preuve que la plus jolie fourchette et la plume la plus alerte ne sont rien à celui qui ne sait pas les manier.


Monselet !

Merveille de gastronome. Maestro de l’anecdote. Miracle d’homme. Monselet, dont l'aimable fantaisie est toute entière contenue dans sa Gastronomie. Récits de table qu’il fait paraître en 1874. On peut voir dans l’inventaire à la Prévert un hommage à la table des matières de ce livre, qui propose à titre d'exemple, une choucroute et une andouillette en poèmes, une mise au point historique sur le poulet partagé entre « Gargantua-Soleil » et Molière, le récit d’un duel au cochon de lait inventé par Cagliostro ; les chantages d’un garçon de café pervers qui cherche absolument à faire commander des huîtres à son client alors qu’il ne désire au monde qu’un potage; quelques pages sur Alexandre Dumas qui « quand il ne faisait pas sauter un roman, faisait sauter des petits oignons », une réflexion sur le statut du millier de cuisinières réunies pour écouter un sermon écrit à leur attention par le curé d’une église d’un des grands faubourgs parisiens sur lequel, par hasard l’auteur passait alors ; la recette de la Turlutine d’état-major concoctée par des gourmets du 1er régiment d’Afrique simplissime dans sa réalisation dès l’instant qu’on a réuni les grenouilles, tortues et champignons nécessaires ; des recettes «sérieuses, plaisantes, extraordinaires» et bien d'autres friandises littéraires.

Monselet ne prit pas non plus le dos de la cuillère pour rédiger dans ses Récits de table une sorte de « pièce montée » en quatre tableaux dont l’Estomac tenait le rôle-titre. On y lit ce genre d’hallucinant borborygme dialogué:

L’ESTOMAC. — Excellent café ! arôme pénétrant ! Ma foi, encore une tasse.

LE COGNAC. — A la bonne heure!

L’ESTOMAC. — Oh ! doucement, doucement ! Pas de bain de pied.

LE RHUM. — Tu as raison; le bain de pied est absurde et incommode.

L’ESTOMAC. — Mais qui t'appelle, toi ?

LE RHUM. — Je viens pousser le cognac.

LA CURAÇAO. — Je viens pousser le rhum.

L’ANISETTE. – Je viens pousser le curaçao.

L’ESTOMAC. – Grâce !

LE KIRSH. – Ranchez-Fus, Fus audres ; ne me regonnaisez-fus pas ?

L’ESTOMAC. – C’est le kirsch de la forêt Noire ! Je suis joli !

LE KIRSH. Ezze-gue che fus vais bir ?

L’ESTOMAC. – Qu’est-ce qu'il dit?

LE MARASQUIN. – Il demande s’il te fait peur.

L’ESTOMAC. – Je le crois bien, parbleu !

LE KIRSCH. - Tarteiffle!

L’ESTOMAC, au kirsch. - Allons, mon brave, ne vos fâchez point. On ne fait point d'esclandre ici. Pourquoi diable venez-vous si tard? On ne comptait plus sur vous.

LE KIRSCH. — Ch'aggzebde fos exguices.

L’ESTOMAC. — Qu'est-ce qu'il dit?

LA CRÈME DE MENTHE. — Il dit qu'il accepte vos excuses.

Mais aussi, il y a cette centaine de pages sur Grimod de la Reynière, un, avec Restif de la Bretonne, parmi les Oubliés et les dédaignés (Poulet-Malassis, 1857) que Charles Monselet tira d’un injuste oubli. Car, en vérité, le roi des gastronomes était avant tout le prince des aminches. Lié à Baudelaire, Nerval et Gautier, intime des Goncourt, il aimait son prochain simplement et épousa tardivement sa douce amie. Georges Bodereau, (1861-1897) journaliste littéraire, grand reporter et polémiste-duelliste fut témoin à son mariage: « Ah ! ce mariage ! C’est une des fleurs encore parfumées de l’herbier de ma prime jeunesse. [...] je ne sais rien de si touchant que le mot qu’eut, après les « oui » sacramentels, la vieille compagne, disant à son ami:

— Tu es bien gentil, mon Charles ! d’avoir pensé à ça ; mais, après si longtemps, était-ce bien la peine ? [... Puis] nous déjeunâmes aux Vendanges de Bourgogne. Charles Monselet mourut quelques mois après et Phémie ne lui survécut guère».

Aussi sûr que Molière apprécia de mourir sur scène, que Lassalle enragea de ne pas mourir au combat, Monselet voulait bien trépasser, mais en gastronome accompli. Et pas de feu Charles Monselet qui tienne ; à la rigueur un Monselet à feu doux à l’épitaphe gourmande auto-rédigée: « Versez sur ma mémoire chère / Quelques larmes de Chambertin / Et sur ma tombe solitaire / Plantez des soles... au gratin ».

Quant à son mot de la fin -« J'aurai un enterrement aux truffes ! »-, il prête à réflexion. Faisait-il allusion, à la recette de la poularde de demi-deuil, entre la chair et la peau de laquelle on glisse quelques lamelles de truffes ? (Entre nous soit dit, comme me l’a soufflé une bonne fée de la librairie, Monselet aurait certainement préféré une poularde de plein deuil constellée d’une myriade de truffes au lieu de quelques copeaux chiches.) L’énigme de ce dernier mot reste entière comme d’ailleurs, en 1848, le choix de ce jeune épicurien de 23 ans par le magnat de la presse qu’était Emile de Girardin. Il le choisit pour rédiger dans les colonnes de La Presse la préface des Mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand qui devaient y paraître en feuilleton. Le choix de Théophile Gautier attaché au même journal aurait paru plus évident, bien que le fait qu’un bifteck portât le nom du défunt écrivain ait pu décourager les réticences de Monselet. Il semble d’ailleurs avoir trouvé l’inspiration et les audaces nécessaires dans la dégustation de son Chateaubriand saignant, car on dit que sa carrière démarra véritablement à partir de la publication ce préambule. Ce qui prouve bien une fois encore que la plus jolie fourchette et la plume la plus alerte ne sont rien à celui qui ne sait pas les manier.

BIBLIO// Georges Bodereau, Sur Monselet in La Gerbe, n° 27, décembre 1920, pp. 72-74. André Monselet et Jules Clarétie, Charles Monselet: sa vie, son œuvre (Testard, 1892).

En rayon actuellement à la librairie //

Monselet, Charles. Gastronomie, récits de table.

Paris, Charpentier, 1874.

Faux-titre avec au verso la justification, titre, III, 396pp. In-12, demi-chagrin rouge, dos à nerfs, plats et gardes marbrés, tête dorée, couvertures conservées.

Edition originale, l'un des 50 exemplaires de tête numérotés sur papier de Hollande, seul grand papier. Passant du coq à l'âne, Monselet (1825 - 1888) célèbre la cuisine, les cuisiniers, les meilleures histoires de gourmands, Grimod de La Reynière, l’asperge, l'absinthe, le Médoc, le couscoussou, le marchand de vin héroïque. On sait le goût pour la gastronomie de cet écrivain et journaliste qui fonda en 1865, le Gourmet, feuille de chou hebdomadaire consacré à son dada. Vicaire 606, Bitting 329, Oberlé 220.
(villabrowna)

samedi

Vingt (trois) ans déjà........

Voici 20 ans qu'il nous a quitté....voici 23 ans ans que je ne suis plus à son service. Un époque où le procéssus de la confection des cocktails (et surtout du Daïquiri) était de la plus haute importance, tout du moins pour lui.


Quand j’étais chef de rang, je fus au service quotidien, durant plusieurs mois, de ce poète-musicien assez remarquable, qui était dépendant. Il était tombé dans cet état de dépendance du plaisir. Sa dépendance pouvait laisser entendre qu’il avait raté sa vie. Pourtant à chacune de ses commandes au bar, sa requête était parfaitement argumentée, assujettie d’une connaissance appliquée du produit, et d’une envie de transmettre ce savoir. Pour exemple, les composants du cocktail daïquiri n’échappait en rien à sa vigilance : choix des produits, dosage, gestes techniques, température, décoration, durée de préparation, manière de dégustation, bruit des ustensiles. Tout était à ses yeux la lecture d’une partition et la mise en scène d’un orchestre. L’amertume de sa personnalité qui transparaissait à d’autres moments disparaissait dans ce moment gastronomique, à ses yeux enivrés. Pourtant un jour, un goutte de rhum fit déborder le vase et Serge Gainsbourg qui disparu. Le jeune homme, que j’étais, pouvait considérer que ce rappel à la réalité médicale dans l’image idolâtrant que j’avais de l’hédoniste, était un signe. Un signe pour me montrer le carrefour qui fait se croiser philosophie et psychologie, hédonisme et dépendance. Le signe qui rappelle que le gastronomisme ne triomphe que si l’on a la foi et si le gastronomisme a un sens.



jeudi

La France gastronomique au cinéma de genre





De La Grande Vadrouille à Bienvenue chez Les Ch’tis, la gastronomie est depuis fort longtemps un outil support de comédie. Les fims de genre se sont emparés de ce sujet pour exprimé l'art, la crise, la famille, la differences de cultures et l'évolution de l’homme dans sa généralité.



Cliquez sur l'image pour voir la scene : Les rites des repas gastronomiques allemands


dimanche

FESTIN D'AUTEURS et Prix Apicius



Festin d'Auteurs: pour les toqués du Miam

Après le succès fulgurant rencontré lors de sa première édition, le Salon du livre gastronomique, Festin d'Auteurs nous revient les 6 et 7 Avril prochains à Beynat pour une seconde édition pleine de surprises riches en arômes et qui fleurent bon les bonnes tables.

Un salon pour tous
Quelque soit votre inspiration, quelque soit votre motivation, Festin d'Auteurs est fait et pensé pour vous. Oui, pour vous qui êtes en train de lire ces lignes. On ne se prend pas la tête pour le quidam de passage, on s'adresse bien à vous...

Vous êtes curieux?
Les auteurs sont là, disponibles, pour échanger avec vous, écouter et répondre à vos questions, vous donner leurs petits secrets... La cuisine c'est aussi une histoire de partage et d'amitié (on cuisine pour les gens qu'on aime).

Chacun son tour, comme à la cantine, les auteurs passent derrière les fourneaux du salon en direct et sans filet, pour faire la démonstration de leurs talents. Et oui, comme quoi les recettes ne sont pas irréalisables... Là, c'est Chef en cuisine !

Les enfants
Parce que la cuisine, c'est du bonheur, c'est ludique et pour tous, les enfants ont eux aussi leur espace réservé...Et oui, là encore surprise ! Ils vont pouvoir se faire plaisir et découvrir des goûts nouveaux dans l'Espace Mini-Chefs.

Le bistrot
Alors, on récapitule: on a vu des bouquins à foison, discuté cuisine avec leurs auteurs, sentis les délicieux arômes qui s'échappent en permanence de Chef en cuisine... Bon alors maintenant, ça suffit, on va gentiement se poser au Bistrot du salon, grignoter des spécialités locales autour d'un verre et se remettre de nos émotions...

Edition 2011
Plus de 2 000 Visiteurs
60 auteurs
Plus de 1 000 ouvrages vendus
1 00 Bénévoles

Grands chefs étoilés, journalistes, chroniqueurs gastronomiques, stars du petit ou du grand écran, chacun y va de sa plume, de ses secrets de cuisine, mettant en avant sa région, son terroir et les femmes et hommes qui savent cultiver et perpétrer ses savoirs faire ancestraux et savoureux.

Mélange des genres, mélange des arts, il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux de difficultés, depuis le très beau livre aux illustrations impossibles à réaliser derrière ses fourneaux aux guides pratiques reprenant et décortiquant les bases de la cuisine traditionnelle, l’édition gastronomique a fait un bon de prés de 10 % en 2010.

Un art délicieux
Patrimoine immatériel inestimable, d’une richesse exceptionnelle et unique au monde, la cuisine française est avant tout un savoir faire et une ressource infinie de créativité tant pour nos générations que pour celles à venir.

La France est Le Pays de l’art sous toutes ses formes, que ce soit gastronomique, architectural, culturel ou avec l’Art de Vivre à la française, tant convoité par les milliers de visiteurs que notre pays accueille tous les ans. Mais derrière tant de finesse et de délectation, se cachent des femmes et des hommes qui détiennent un savoir faire hors-pair. Ce sont des passionnés, des amoureux du bon, des êtres à la générosité et à la sensibilité inégalée dont une des vocations est la sauvegarde et la transmission de ces secrets de cuisine. Ces épicuriens dans l’âme nous mènent, au travers de leur travail, de leur passion, de leur cuisine d’hier à demain via aujourd’hui.

Des artisans au sens noble du terme
A l’heure où les connaissances théoriques sont accessibles à tous via notamment Internet, la culture du savoir est en train de se banaliser et il semblerait que nous entrions de plein pied dans l’ère du savoir faire. C’est ainsi que l’art culinaire, car il s’agit bien d’un art, a su trouver toute sa place dans une société en mouvement qui laisse peu de place à l’indulgence. Le repas gastronomique des Français, n’est il pas classé au patrimoine immatériel de l’UNESCO ?


Au menu

Vous avez découvert le salon dans les grandes lignes, regardons plus en détail, ce qui vous attend les 6 et 7 avril prochains, vous qui êtes aussi des toqués du Miam.
Tout d'abord, lorsque l'on vous dit que Festin d'Auteurs n'est pas un salon comme les autres, ce n'est pas pour vous le vendre à tout prix, mais parceque c'est vrai ! Il se démarque des autres manifestations du genre par deux aspects essentiels:

1.Il est porté quasi exclusivement par des bénévoles et des passionnés (près de 150 au total) réunis en association.
2. Les auteurs présents (plus de 50 auteurs dont uniquement 4 régionaux)sur le salon durant ces deux jours ne sont pas là que pour vendre leurs livres. Ils passent derrière les fourneaux, partagent, échangent et n'hésitent pas à dévoiler leurs "trucs et astuces".


Les nouveautés 2013
Les auteurs seront répartis en 7 grands pôles: Cuisines régionales, jeunesse, recettes et saveurs, cuisine et santé, voyages en cuisine, histoire et sociologie et cuisine et litterature.
Des expositions de photos et de peintures, un espace découvertes proposé par la BDP de la Corrèze...
Un café littéraire, des tables rondes...
Et surtout, la création d'un prix littéraire, le Prix Apicius qui viendra récompenser un ouvrage jeunesse et ouvrage adulte. La remise de ces deux prix Apicius se fera dimanche 7 Avril à 11h30.

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LES AUTEURS PRESENTS

Danièle Mazet-Delpeuch
La marraine de ce second Festin d'Auteurs n'est autre que Danièle Mazet-Delpeuch qui, de 1988 à 1990 servit François Mitterand aux fourneaux de l'Elysée.
C'est de son histoire dont est inspiré le film"Les Saveurs du Palais", avec Catherine Frot qui sera diffusé à Beynat vendredi 29 mars à 20h30 au Foyer Demarty, en la présence de cette marraine de choix.