samedi

Gastronomie africaine à l'honneur




« Le ministre burkinabé de la Promotion de la femme a fait au conseil des ministres une communication relative à l’organisation de la Semaine nationale des arts culinaires du 23 au 29 janvier 2012 sur le thème : Identité culturelle et valorisation de la cuisine nationale ». L’organisation de cette manifestation annoncée lors du conseil des ministres du 18 janvier va, à l’évidence, conforter la première place de Ouagadougou comme ville culturelle africaine, une distinction qui lui avait été décernée en novembre 2009 par l’Observatoire des politiques culturelles en Afrique (OCPA), un organisme reconnu par l’Unesco et l’Union africaine.
Après le Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (Fespco), la Semaine nationale de la culture (SNC), le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), le Salon international du tourisme et de l’hôtellerie de Ouagadougou (SITHO), voici donc la Semaine nationale des arts culinaires (SNAC) ! Organisée par le Centre de recherche et d’intervention en genre et développement (CRIGED), le Service d’appui canadien aux organisations de la société civile (SACO), le ministère de la promotion de la femme (MPF), et placée sous la présidence d’honneur de l’épouse du président, Chantal Compaoré, la première édition promet de transformer le site du SIAO en « village des saveurs », avec la présentation de plats nationaux et étrangers à déguster : produits de chasse, fruits de mer et d’eau douce, grillades, fritures, boissons modernes et traditionnelles, etc.
Avec ce slogan choc Mangeons bien, mangeons sain et consommons burkinabè !, la SNAC parviendra t-elle sur la durée, à réconcilier de nombreux Burkinabè, principalement les citadins, avec leur patrimoine culinaire ? A leur faire (re)découvrir les goûts de mets ancestraux qu’ils ont abandonnés au profit de plats étrangers, dont la consommation est perçue comme un indicateur de réussite sociale et d’aisance matérielle ? A tort ou à raison, il n’est pas rare de rencontrer des Burkinabè affichant peu d’intérêts, voire du mépris pour les plats nationaux, et l’absence d’une politique de promotion de la cuisine locale et la non valorisation du métier de restaurateur n’arrangent pas les choses. « Nous visons un triple objectif, explique un des organisateurs : valoriser la diversité et la richesse culinaire du Burkina, amener les Burkinabè à manger sainement en vue de leur bien-être et contribuer à l’innovation, à la qualité et la présentation des aliments locaux ».
Certes, de plus en plus d’hommes exercent dans la restauration, mais ce secteur d’activité demeure pour l’instant l’affaire des femmes, survivance d’une division phallocratique du travail héritée de l’histoire. Dans les ménages, le savoir et le savoir-faire culinaire se transmettent de génération en génération, de mère à fille sans que le souci d’apporter des innovations pour satisfaire les goûts de consommateurs mondialisés soit suffisamment pris en compte. Résultat, en dehors du « poulet télévisé », l’étranger ou le citadin qui veut déjeuner ou diner n’a d’autre choix que se rabattre sur les restaurants qui font la promotion de la cuisine d’autres pays. C’est ainsi que le business de la restauration au Burkina est entre les mains de Sénégalais, Ivoiriens, Libanais, Français, Indiens, Marocains ! A quand des restaurants de bon standing où sont proposés des plats emblématiques de la soixantaine de groupes ethniques burkinabè ? De source ministérielle, l’ambition de la SNAC est de « fédérer les nombreuses initiatives destinées à la promotion de l’agro-alimentaire pour en faire un évènement de grande envergure internationale ».
Le programme de la première édition de ce rendez-vous gastronomique comporte deux parties : la première, du 23 au 25 janvier est consacrée à des débats sur l’art culinaire, des rencontres entre associations d’hôteliers et restaurateurs. La seconde, à partir du 26 janvier, début des expositions-ventes et dégustations, une remise de spatules d’or et le lancement d’un site Internet dédié à la cuisine burkinabè.
Joachim Vokouma, Lefaso.net

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