vendredi

La nature et la nature humaine

Dans ce produit de la vigne, quelle personne n'a jamais aperçu le reflet de l’âme du terroir et le caractère du climat au sein duquel la vigne a élevé ses fruits.

Dans cette harmonie, dans cette relation intime entre la vigne et son environnement, la nature humaine accompagne et guide le vigneron dans une recherche de perfection.

La sagesse des âges est chaque année récoltée, puis relaissée entre les mains des terres pleines de vitalité, de même que le végétal scrupuleusement sélectionné, générations aprés générations, et adapté de manière réfléchie à chaque parcelle.

Ensuite, arrive la symphonie, celle du climat qui donne le rythme, celle du terroir et de la vigne qui prennent le rôle des violons. Et enfin arrive l'homme , le chef d’orchestre passionné dont l'expression humanise la vigne.

« Seul dans le domaine végétal, le vin permet à l’homme de comprendre la véritable saveur de la terre. » Colette

jeudi

Un historien de la gastronomie nous quitte





Anthony Rowley faisait partie de ces historiens qui se consacrent entièrement à transmettre les œuvres de leurs pairs. Longtemps enseignant à Sciences Po, ses passions se partageaient entre la gastronomie et l’histoire contemporaine. Il publia notamment Une histoire mondiale de la table (Odile Jacob) en 2006. Il laisse surtout son empreinte dans l’édition d’histoire gastronomique, puisqu’il fut directeur littéraire chez Perrin avant de rejoindre Fayard en 2010. Anthony Rowley, éditeur, historien, gastronome et historien de la gastronomie, avait fait profession de curiosité. Dandy, esthète, il incarnait une certaine élégance française. Anthony Rowley est mort hier à l’âge de 59 ans.

mercredi

Le bonheur est-il de retour dans l'assiette ?



Michel Onfray : Je ne pense pas que le bonheur soit de retour dans l'assiette, car il s'y est toujours trouvé... Vue par les médias, l'assiette, c'est souvent le plaisir des snobs, des riches urbains qui pratiquent la gastronomie, souvent un sport de vieux, des restaurants étoilés... Mais c'est aussi et surtout un plaisir modeste de gens modestes qui, pour beaucoup, sont souvent les victimes de la brutalité du monde libéral et trouvent dans les repas matière à des microfestivités plusieurs fois par jour. Le grand chef n'est pas le seul à faire la loi hédoniste dans la cuisine, il y a nombre de cuisiniers de tous les jours, hommes et femmes, qui font à manger pour ceux qu'ils aiment et qui confectionnent des bonheurs simples. Le projecteur sur les tables haut de gamme ne doit pas faire oublier les petites tables dans l'ombre sur lesquelles se jouent des festins miniatures pour les gens hors champ...

Pourquoi est-il si important de prendre du plaisir en mangeant ?

Parce que les occasions ne sont pas nombreuses dans une journée de donner et de se donner du plaisir : petit déjeuner, déjeuner, pause quatre-heures, dîner peuvent fournir autant d'occasions de micro-républiques hédonistes si on sait le vouloir et le pouvoir. Ensuite, parce que le corps ne jubile pas si on ne le lui demande pas. Dès lors, aborder la table (comme le lit) non comme un lieu utilitaire mais comme une scène joyeuse, c'est voler au néant dont nous provenons et vers lequel nous nous dirigeons de petits morceaux d'éternité que sont les instants bien vécus.



Diriez-vous que se nourrir est le plaisir le plus accessible à tous ?

Non. La pauvreté traverse également la cuisine, bien sûr... Quand vous gagnez peu ou presque rien et que vous déduisez de votre modeste pécule les charges nécessaires, incontournables, il vous reste le budget nourriture, sur lequel vous pouvez agir un peu. Dès lors, pour économiser, les pauvres fréquentent les magasins de grande distribution bas de gamme, achètent des produits insipides, évitent les aliments symboliquement festifs pour se rabattre sur l'alimentation efficace (riz, pâtes, pommes de terre, conserves...). Ils ajoutent ainsi à leur détresse sociale la détresse de la table, sur laquelle les plats sont aussi peu ragoûtants que la vie de ceux qui les mangent... Il faudrait enseigner, éduquer au goût - ce que nous faisons à l'Université populaire du goût dans ma ville d'Argentan. A savoir : apprendre à bien manger, à bien cuisiner des produits frais, à faire des gestes culinaires simples, pour retrouver le goût des choses simples, bonnes, fraîches, bien préparées. Mais qui assure cette pédagogie ? Personne. Les familles transmettent sans forcément le vouloir leurs habitudes alimentaires. Ainsi se perpétue la misère sensuelle par-delà les générations...

A une époque où tout est en accélération, pensez-vous que la pause du repas soit plus que jamais vitale ?

Bien sûr. Il n'y a rien de plus pitoyable que des gens qui ne sont pas à ce qu'ils font et mangent en regardant la télévision, en lisant un journal, en téléphonant pour ne pas perdre de temps. Il faut conjurer cette pitoyable solitude qui se manifeste toujours dans le fait de manger tout seul auprès de gens qui, eux aussi, mangent seuls et se retrouvent dans l'incapacité de faire une communauté, à savoir une table digne de ce nom à laquelle on se parle, on échange, on rit, on vit... Le concept de " fast-food " se comprend mieux si on l'extrapole à la sexualité. " fast-sex " : qui peut vouloir cette misère sensuelle ?

A l'heure où nos contacts, via l'iPhone ou l'e-mail, sont pour l'essentiel virtuels, le repas est-il devenu le moment privilégié pour recréer physiquement du lien ?

En effet... Le politiquement correct en nourriture passe par les hygiénistes et les diététiciens, qui transforment la cuisine en pharmacie et la nourriture en médicaments. On parle d'ailleurs d' " alicaments " pour signifier qu'en mangeant un yaourt on peut aussi avaler un laxatif, autrement dit un agent de la tyrannie des corps postmodernes à même de donner le ventre plat et de diriger le mangeur vers la maigreur, fantasme du monde de la mode souvent fabriquée par des gens qui n'aiment pas la vie, le monde, les autres, les gens, et pour qui la nourriture est l'ennemie contre laquelle il faut mener une guerre totale et permanente.

Peut-on dire que nous avons été dépossédés de notre assiette par l'industrie agroalimentaire ?

Oui, et par ce qui va avec : le capitalisme dans sa formule libérale, qui ne voit pas la charge hédoniste, sensuelle, voluptueuse et conviviale de l'alimentation, mais qui sait que, puisque les humains sont condamnés à se nourrir tous les jours, il y a là un marché inépuisable, susceptible de dégager des bénéfices énormes et indéfiniment reproductibles. Avec leur armée de banquiers et de financiers, les libéraux ont pris les paysans à la gorge en inscrivant leur travail millénaire dans une chaîne productiviste qui a engendré l'augmentation des productivités, mais au prix de la destruction de la nature et des saveurs au profit d'un aliment calibré, insipide, inodore. Le plus beau repas que j'aie jamais consommé dans ma vie le fut en Italie en compagnie de Carlo Petrini, l'inventeur de Slow Food : des produits divins qui donnaient l'impression d'une cuisine faite avec des aliments que je connaissais, bien sûr, comme tout un chacun, mais dont je découvrais pour la première fois la véritable saveur. Et pourtant, j'ai eu une enfance à la campagne...

Sous couvert de démocratisation, la grande distribution n'a-t-elle pas surtout kidnappé le goût en uniformisant les saveurs, favorisé la malbouffe et accentué la fracture sociale dans l'assiette ?

Oui. La grande distribution a tué la petite paysannerie et les petits producteurs en achetant de grandes quantités, ce qui permettait de vendre moins cher tout en conservant une bonne marge. Les producteurs de produits véritables, sains, authentiques se sont retrouvés devant un dilemme : disparaître comme producteurs de qualité en jouant le jeu de l'hyperproductivité (modernisation du parc de matériel agricole, traitements, produits chimiques, agrandissement des propriétés, donc endettement...) ou disparaître en tant que tels, mangés par la grande distribution (faillite, vente des parcelles et mise en friche, vie au crochet du conjoint en travaillant douze heures par jour avant de renoncer, paupérisation, suicide...). La grande distribution mène une guerre dont on n'a pas encore comptabilisé les victimes...

La " démocratisation du goût " qui vous est chère ne passe-t-elle pas obligatoirement par une réappropriation de l'assiette, aussi bien dans lareconquête du savoir-faire culinaire que par une relation plus directe du consommateur au producteur ?

Elle passe par une pédagogie. Jadis, les familles étaient construites sur de vieilles valeurs : misogynie, phallocratie, machisme, etc. L'homme travaillait, la femme faisait des enfants, les élevait, faisait la cuisine, la vaisselle, le ménage. Dans cette configuration, la mère apprenait à cuisiner à sa fille - pas au garçon... Et, même si la jeune fille détestait ça, il lui fallait faire à manger au maître seigneur de la maison que deviendrait son époux... La cuisine était affaire de femmes, et ce depuis l'époque préhistorique. L'avènement de la famille postmoderne, éclatée, recomposée, égalitaire, la famille d'après Mai 68, dessine une nouvelle configuration : les femmes travaillent, les hommes aussi (du moins quand ils ont du travail...), et cuisiner relève souvent de la corvée. On se nourrit pour ne plus avoir faim, point. Sans le savoir, l'époque est sartrienne, elle illustre la fameuse " métaphysique du trou à boucher " chère à Sartre qui pensait dans ces termes la question de la nourriture... D'où le triomphe des plats préparés, du micro-ondes, des conserves, du surgelé, des pizzas. Réapprendre à cuisiner, c'est disposer de temps : pour faire vraiment les courses sur un marché, et non remplir un chariot dans un supermarché ; apprendre à varier les aliments en alternant ; penser à planifier les repas sur un ou deux jours ; préparer les plats, les cuisiner, surveiller ; les servir... Si la famille n'est plus le lieu de la transmission et qu'ici comme ailleurs on ne transmet pas, ou plus, alors on fait n'importe quoi. Normal. Je ne milite pas pour le retour à la famille d'avant Mai 68, entendons-nous bien, mais pour la multiplication d'ateliers comme ceux de l'Université populaire du goût.


Manger est-il un acte politique ?

Je crois que notre échange en témoigne

Propos recueillis par Christophe Labbé et Olivia Recasens pour Le Point

jeudi

Masterchef en culottes courtes


Alors que la version "normale" de Masterchef est encore à l'antenne pour trois semaines, la Une lance la semaine prochaine le tournage d'un Masterchef Juniors.

Des tabliers XXS, des toques tailles 53 et des ciseaux à bout rond : TF1 prépare bel et bien un Masterchef Junior, comme nous vous l'annoncions il y a quelques semaines. Le premier clap retentira en début de semaine prochaine à La Plaine Saint-Denis, pendant les vacances scolaires. En compétition, des enfants pour lesquels le sanglier sauce grand veneur ou l'omelette norvégienne aux trois chocolats-épices n'a pas de secret. Capables d'identifier 44 fromages différents sur une table. De mijoter une julienne de légumes en trois secondes. Ou de faire cuire un oeuf au plat à 3000 mètres d'altitude. Bon, ok, on en fait peut-être un peu trop, mais nul doute que ces mini-cordons bleus sauront délivrer des plats "gourmands", "avec de l'engagement" et des "jeux de texture", comme le veut la tradition des émissions culinaires à la télé.

Masterchef Junior, déclinaison du classique Masterchef, existe déjà à l'étranger, notamment en Grande-Bretagne et en Australie. Les règles du jeu ont évidemment été modifiées avec l'âge des candidats : toutes les épreuves ne sont pas éliminatoires, les petits ne sont pas exclus seuls mais en groupe, et, lors de leur élimination, reçoivent un trophée récompensant leur participation.

Aux manettes de ce Masterchef Junior, TF1 a garder la même ligne : Carole Rousseau à l'animation et le trio Yves Camdeborde-Sébastien Demorand-Frédéric Anton comme jurés. L'émission devrait faire l'objet d'un ou deux prime. Le premier volet serait diffusé pendant les vacances de Noël, l'autre en 2012.


Est-ce à dire que Masterchef puisse avoir un statut pédagogique, j'aimerai bien.

Quand un ministre de la culture parle de gastronomie....









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