samedi

Vingt (trois) ans déjà........

Voici 20 ans qu'il nous a quitté....voici 23 ans ans que je ne suis plus à son service. Un époque où le procéssus de la confection des cocktails (et surtout du Daïquiri) était de la plus haute importance, tout du moins pour lui.


Quand j’étais chef de rang, je fus au service quotidien, durant plusieurs mois, de ce poète-musicien assez remarquable, qui était dépendant. Il était tombé dans cet état de dépendance du plaisir. Sa dépendance pouvait laisser entendre qu’il avait raté sa vie. Pourtant à chacune de ses commandes au bar, sa requête était parfaitement argumentée, assujettie d’une connaissance appliquée du produit, et d’une envie de transmettre ce savoir. Pour exemple, les composants du cocktail daïquiri n’échappait en rien à sa vigilance : choix des produits, dosage, gestes techniques, température, décoration, durée de préparation, manière de dégustation, bruit des ustensiles. Tout était à ses yeux la lecture d’une partition et la mise en scène d’un orchestre. L’amertume de sa personnalité qui transparaissait à d’autres moments disparaissait dans ce moment gastronomique, à ses yeux enivrés. Pourtant un jour, un goutte de rhum fit déborder le vase et Serge Gainsbourg qui disparu. Le jeune homme, que j’étais, pouvait considérer que ce rappel à la réalité médicale dans l’image idolâtrant que j’avais de l’hédoniste, était un signe. Un signe pour me montrer le carrefour qui fait se croiser philosophie et psychologie, hédonisme et dépendance. Le signe qui rappelle que le gastronomisme ne triomphe que si l’on a la foi et si le gastronomisme a un sens.



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