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QUI DORT DINE


LE POURQUOI DES CHOSES présenté par Bruno Salomone
par shoottheboss

Promotion de la cuisine française

Une quinzaine des chefs français les plus prestigieux, emmenés par Joël Robuchon et Alain Ducasse, se sont ainsi associés pour demander à l'Etat de s'engager en ce sens face à la concurrence, notamment des Espagnols ou des Scandinaves.

La cuisine française n'est pas en péril, son excellence est universellement reconnue. Mais face à d'autres gastronomies, espagnole ou scandinave, boostées par des campagnes de promotion, elle a besoin du soutien des pouvoirs publics, ont plaidé mardi de grands chefs étoilés.

"Quand on voit ce que font certains gouvernements pour la gastronomie de leur pays, les salons qu'ils organisent, on se dit que l'écart va se creuser. Ce n'est pas une question de gastronomie mais de finances. Il faut se mettre en ordre de bataille", explique à l'AFP le chef marseillais Gérald Passédat.

"Nous pratiquons un métier d'humilité, mais il faut pouvoir faire entendre sa voix", souffle la discrète Anne-Sophie Pic, en marge d'une conférence de presse organisée à la Tour Eiffel.

Une quinzaine des chefs français les plus prestigieux, emmenés par Joël Robuchon et Alain Ducasse, se sont ainsi associés pour demander à l'Etat de s'engager en ce sens face à la concurrence, notamment des Espagnols ou des Scandinaves.

Ils insistent sur la santé florissante de la cuisine française, qui continue à former des brigades entières de cuisiniers étrangers. Mais ils se trouvent un peu laissés à eux mêmes pour défendre leur savoir-faire et la diversité de la cuisine hexagonale.

La récente compétition du Bocuse d'Or, fin janvier à Lyon, a couronné trois chefs nordiques sans que, pour la première fois, la France apparaisse dans le trio de tête. "Ces cuisiniers sont bien sûr très bons", souligne Anne-Sophie Pic. Mais ils "bénéficient aussi de budgets importants" pour se préparer dans des conditions optimales et d'une importante "communication institutionnelle", poursuit Yannick Alléno.

Certains pays dégagent "des budgets gigantesques" pour monter des manifestations de promotion de leur gastronomie, alors que la France peine parfois à exporter ses produits alimentaires malgré leur qualité, note Alain Dutournier.

Alain Ducasse cite en exemple Madrid Fusion, l'un des salons culinaires les plus importants d'Europe, dont le budget s'élève à 3 millions d'euros: "Faire rayonner encore mieux la cuisine française, cela passe par de l'argent", affirme-t-il. "Nous avons besoin du soutien de nos politiques, qui n'ont pas pris la mesure (...) de notre poids économique". Parce que "la compétition existe, et elle est féroce".

L'association des chefs, baptisée Collège culinaire de France, "n'a rien d'une armée de défense", remarque Guy Savoy. Mais il s'agit d'arrêter "de nous auto-flageller, pendant que les autres font beaucoup de bruit", explique-t-il.

Dans la foulée de la décision de l'UNESCO de classer au patrimoine immatériel de l'humanité le "repas gastronomique" des Français, les chefs ont déjà abordé plusieurs projets avec les différents ministères concernés par la restauration.

Ils demandent notamment l'inscription des arts culinaires sur la liste des métiers d'arts, l'intégration "sous une forme qui reste à déterminer" d'une éducation culinaire à l'école et veulent aussi lutter contre l'utilisation d'additifs alimentaires.

Pour promouvoir produits et producteurs, ils ont aussi décidé de sélectionner et de publier tous les ans une liste de "produits remarquables".

(AFP)