mercredi

L'Unesco classe la gastronomie française


AFP 16/11/2010 14:11

Le repas gastronomique français a été inscrit aujourd'hui au patrimoine immatériel de l'Humanité par un comité intergouvernemental de l'Unesco réuni à Nairobi, selon un journaliste de l'AFP.

C'est la première fois qu'une pratique tournant autour de l'alimentation et de la cuisine est consacrée par l'Unesco.

La candidature française pour la gastronomie avait été annoncée en 2008 par Nicolas Sarkozy et formalisée en janvier dernier.

Le gouvernement se défend de vouloir flatter des corporations et soutient qu'il demande le classement et la protection non d'une cuisine ou de techniques particulières, mais d'une habitude sociale.

"Le repas gastronomique des Français est une pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes (naissances, mariages, anniversaires, succès, retrouvailles)", lit-on dans le dossier français déposé à l'Unesco.

"C'est une pratique sociale qui s'attache à une représentation commune du bien manger plutôt qu'à des mets particuliers", ajoute-t-il.

La France souligne que cette pratique a un sens et des rituels bien précis, de la recherche de bons produits à l'esthétisme de la table et aux conversations.
Paris voit même cette habitude comme une ouverture "à la connaissance de l'autre, au dialogue interculturel, à l'amitié entre les peuples".
Cet ouvrage est sorti le 16 novembre 2010 aux éditions Bréal































Ce manifeste tente donc de vous présenter la gastronomie sans ses apparats et artifices habituels, mettant à l’honneur la vision philosophique de ce monde alimentaire, la personnalité gastronomique qui est au fond de nous, son intérêt social, et la vision de chacun du terme « gastronomie ».

Sommaire

1. Mais qu’appelle-t-on gastronomie ?
2. D’où vient la gastronomie ?
3. Pourquoi s’interroger sur la gastronomie ?
4. « Savoir-Manger », ce terme a-t-il du sens ?
5. Existe-t-il une éthique du « bien-manger » ?
6. Peut-on naître « gastronome » ?
7. Tout le mérite d'un gastronome provient-il des choix alimentaires qu’il fait ?
8. Comment choisir ses mets ?
9. Aime-t-on la même gastronomie que notre entourage ?
10. Les cuisiniers sont-ils détenteurs d’une identité gastronomique ?
11. La gastronomie est-elle un signe extérieur de richesse patrimoniale et morale ?
12. Querelle (im)pertinente autour de la gastronomie
13. Y a-t-il trop ou pas assez de gastronomie(s) ?
14. Qu'est-ce qui est bon?
15. Qu'est-ce qui n’est bon à avaler ?
16. Manger gastronomiquement par principe, ça veut dire quoi ?
17. Se sentir obliger de manger certains produits
18. Faut-il bannir les considérations gustatives personnelles ?
19. Peut-on assouvir ses passions gourmandes ?
20. Dois-je me sentir coupable de me faire plaisir à table ?
21. Est-on généreux quand on cuisine un repas ?
22. Faut-il être fidèle à ses choix gustatifs ?
23. Suis-je ce que je mange ?
24. Existe-t-il une vérité absolue en termes de « bon » ?
25. Peut-on se fier à l’expérience du ventre ?
26. Les connaissances gastronomiques ont-elles un pouvoir ?
27. La gastronomie est-elle une économie ?
28. La gastronomie est-elle politique ?
29. Toutes les gastronomies de notre époque sont-elle honnête ?
30. La créativité culinaire est-elle libre ?
31. Y a t il une gastronomie universelle ?
32. La gastronomie est-ce la « bonne chère » ?
33. Peut-on trouver le bonheur à table ?
34. Que penser de l’esthétisme culinaire ?
35. Qu’est-ce qu’aimer un plat ?
36. Qu’est-ce qu’une identité gastronomique ?
37. Qu’est-ce que la plaisir gastronomique ?
38. Savoir manger est-ce inné ?
39. Est-on berné par nos sens gustatifs et olfactifs ?
40. Le besoin d’équilibre alimentaire nous éloigne-t-il de la gastronomie ?
41. Sait-on exprimer notre goût par des mots ?
42. La subjectivité du goût ! Ca existe ?
43. L’imagination nous joue-t-elle des tours sur la représentation de la gastronomie ?
44. L’individualisme du goût ! Ca existe ?
45. L’opinion d’un gourmand vaut-elle celle d’un gourmet ?
46. Faut-il vraiment tout goûter ?
47. Peut-on inventer une recette par hasard ?
48. La vie d’un gastronome a-t-elle un but ?
49. Faut-il ne pas être gourmand ?
50. Le savoir gastronomique se trouve-t-il dans les livres ?

C'est à toutes ces questions que cet ouvrage voudrait non pas répondre, mais introduire le lecteur, notamment à travers quelques fondements de l’expression « c’est bon », afin de souligner que notre identité alimentaire est vraiment notre bien le plus précieux.

mardi

LA SAUVEGARDE DU RITE : LE REPAS DES FRANCAIS


La différence de la gastronomie française
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La gastronomie française désignée patrimoine mondial
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Cuisine : santé ou plaisir, faut-il choisir ?

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Le Repas à la Française au patrimoine de l'UNESCO


La gastronomie française sera-t-elle inscrite au patrimoine mondial de l’humanité? A la clé, un futur "Beaubourg de la cuisine". Mais jusqu’au vote de mardi à l’Unesco, rien n’est fait…

Leurs confidences sont chuchotées. Leurs regards, consciencieusement modestes. Leurs envies de sourire, évidemment réprimées. Profil bas obligatoire. Trois ans qu’ils partagent un même objectif : faire reconnaître le "repas gastronomique des Français" comme patrimoine de l’humanité. Pour quelques jours encore, les gourmands qui ont porté ce projet (des universitaires, des élus, des diplomates) contrarient leur nature, cultivant un mélange de paranoïa et de superstition. La décision finale revient aux membres du comité de l’Unesco chargé du "patrimoine culturel immatériel": 24 personnes, issues d’autant de pays, qui se réunissent cette semaine à Nairobi, au Kenya. Elles vont voter sur 54 dossiers – de l’art du tapis azerbaïdjanais à la soierie japonaise, en passant par le flamenco espagnol.



Après avoir obtenu l’inscription de la tapisserie d’Aubusson et du Cantu in Paghjella (une catégorie de polyphonies corses) à la liste du patrimoine mondial, la France soutient cette année la candidature du compagnonnage, de la dentelle au point d’Alençon, de la fauconnerie. Mais aucune n’a déchaîné les passions comme celle du repas à la française. Au point de frôler l’incident diplomatique. L’hostilité éclate après la visite de Nicolas Sarkozy au Salon de l’agriculture, le 23 février 2008. Les paroles prononcées ce jour-là par le président de la République vont créer deux scandales. En France: son "Casse-toi, pauv’ con". A l’étranger: son annonce de la démarche auprès de l’Unesco, puisque, explique-t-il, "nous avons la meilleure gastronomie du monde… Enfin, de notre point de vue".



"Tous les signes sont positifs mais la France revient de loin"
La deuxième partie de sa phrase est vite oubliée. Une armée de toques tricolores s’engouffre aussitôt dans la brèche. Concert de cocoricos. "Les Italiens et les Espagnols étaient hors d’eux, se souvient un des porteurs du projet. On a ramé pendant des mois pour dissiper l’image d’arrogance que notre pays avait une nouvelle fois donnée." Cet accro originel explique la prudence actuelle. "Nous avons reçu des mises en garde très fermes de Catherine Colonna [ambassadrice de France auprès de l’Unesco].
Elle nous répète que tout peut encore échouer si nous poussons des cris de victoire prématurés", confie Francis Chevrier. Directeur de l’Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation, cet universitaire basé à Tours est le véritable initiateur de la candidature. C’est lui qui, en 2007, a alerté l’Elysée "par trois canaux": le député (Nouveau Centre) du Loir-et-Cher Nicolas Perruchot, le chef Guy Savoy et Jack Lang, "le seul ministre de la Culture qui se soit occupé des arts culinaires".



Excellent connaisseur des rouages de l’Unesco, Chérif Khaznadar ne voit "pas de raison majeure pour que la France n’obtienne pas gain de cause". "Il y aura peut-être des discussions, mais je vois mal 13 votants sur 24 s’y opposer", détaille-t-il. "Tous les signes sont positifs, confirme un diplomate, mais la France revient de loin." Un proche du ministre de la Culture observe aussi "des signaux encourageants" mais "retient [son] souffle": "Quand on parle de patrimoine à des Occidentaux, ils ne pensent qu’aux vieilles pierres, aux monuments en péril. Il a fallu en dissiper, des malentendus…"


Tout ça pour quoi? "D’abord faire comprendre aux Français que la cuisine est une culture qu’il convient de préserver et de transmettre aux générations futures", pose Francis Chevrier."Pour un Français, du rosé ne sera jamais un coupage de rouge et de blanc, tonne la sénatrice (UMP) Catherine Dumas, auteure d’un rapport sur les arts culinaires. La reconnaissance de l’Unesco pourrait nous aider pour combattre certains règlements européens pas toujours conformes à notre tradition." Un "oui" à Nairobi obligerait surtout Paris à lancer un plan de mise en valeur de sa gastronomie. En projet: une meilleure éducation au goût dans les écoles ; une émission consacrée au patrimoine culinaire diffusée en prime time sur France Télévisions, façon "Thalassa de la gastronomie"; et, surtout, un "Beaubourg de la cuisine", que Jean-Robert Pitte, président de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires, rêve d’installer place de la Concorde, dans l’hôtel de la Marine. (Mathieu Deslandes - Le Journal du Dimanche)

Les racines de la Table

Interview de Jean-Louis, professeur à Sciences-Po, adjoint (PS) au maire de Paris chargé de la recherche.


Quelle image les Français ont-ils de leur propre repas?
On a tous en tête des études qui montrent que seul un Français sur deux pratique encore le repas en famille. Si on observe uniquement les comportements, le constat peut être déprimant. Mais, en même temps, l’image de la cuisine a changé en bien: on est passé de la cuisine "contrainte" à la cuisine "plaisir".

A quoi le voyez-vous?
En examinant l’image de la cuisine à la télé, qui est à la fois un indicateur et un accélérateur des transformations de la société. Je viens d’achever une étude sur le sujet, commandée par la Fondation Nestlé France, pour un colloque qu’elle organise jeudi prochain. Je me suis aperçu que les émissions liées à la cuisine reflétaient un vrai changement socio-culturel autour de l’alimentation. Il y a eu la phase du grand chef pédagogue, Raymond Oliver, puis Maïté la ménagère et Jean-Pierre Coffe, le défenseur du consommateur. Aujourd’hui, le thème de la culture alimentaire a envahi tous les genres télévisuels: la télé-réalité, le documentaire, le talk-show, les jeux…

Qu’est-ce que cela dit de notre rapport à l’alimentation?
Cela signifie qu’on redécouvre que, dans la cuisine, il y a de la convivialité, de la compétition, de la santé, des racines, une découverte du monde… Et on voit dans ces programmes que le fait de dresser une belle table n’est pas du tout ringard.


La gastronomie est devenue tendance. Peut-elle se démoder?
Je ne crois pas, il y a une vraie tendance de fond en sa faveur. La préoccupation pour la santé et le bien-être ainsi que le goût pour le do it yourself sont désormais fortement ancrés en nous.

Mt.D. - Le Journal du Dimanche

Samedi 13 Novembre 2010