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La cité de la gastronomie




L’ancien président de la Sorbonne, Jean-Robert Pitte, propose de loger la future cité de la gastronomie dans ce palais prestigieux voisin de l'hôtel Crillon. La marine nationale doit le quitter en 2014. La place de la Concorde est une adresse aux petits oignons. Or, l’hôtel de la Marine, siège du commandement de la marine française, sera disponible en 2014, à la suite du transfert à Balard (XVe) du siège du futur Pentagone à la française. Il y a quelques semaines, l’ancien ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a déjà proposé d’y créer une vitrine de l’art français.

Avant même qu’un appel à projets soit lancé pour l’occupation de ce palais édifié en l’honneur de Louis XV, Jean-Robert Pitte, ancien président de la Sorbonne et actuel responsable de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires (MFPCA), suggère, lui, d’y créer la future cité de la gastronomie. Cela renforcerait le dossier déposé à l’Unesco en janvier par la France afin de faire reconnaître notre gastronomie comme un élément du patrimoine de l’humanité.

Vous venez d’écrire au président de la République afin qu’il soutienne votre idée d’une cité de la gastronomie place de la Concorde. Voulez-vous brûler les étapes?
JEAN-ROBERT PITTE J’entends parler aujourd’hui de nombreux projets pour occuper l’hôtel de la Marine. Il serait scandaleux que ce haut lieu de l’histoire, de la culture et de l’art français soit mis entre les mains de promoteurs qui en feront un usage purement commercial. En écrivant à l’Elysée, j’ai voulu jeter une bouteille à la mer. L’Unesco nous demande des mesures de sauvegarde de notre savoir-faire culinaire. Nous répondons à cette requête en proposant la création d’une vitrine de ce qu’il y a de meilleur en France, place de la Concorde. L’hôtel de la Marine serait idéal pour cela.

Comment voyez-vous ce futur lieu?
Le repas fait partie de notre identité commune. Il s’agira ici de montrer que la gastronomie est un élément vivant de la culture nationale. On y présentera l’élaboration des produits de base que les grands chefs pourront cuisiner devant le public. Les spécialités régionales seront mises en valeur selon un calendrier événementiel. Il faudra créer une cinémathèque. Et la plus grande librairie de France sur la gastronomie et les boissons y trouvera aussi sa place.

L’hôtel de la Marine n’est-il pas trop luxueux pour un art si populaire?
La gastronomie mérite dix mille fois ce palais. Les Français constateront ainsi que l’on prend en considération la gastronomie de nos régions et les métiers de bouche. C’est un savoir populaire et il faut créer un cadre ouvert et prestigieux où l’on ait envie de venir. Si l’on fait la promotion du camembert ou de l’andouillette sur la place de la Concorde, à deux pas de chez Maxim’s, on sera dans la vraie tradition française qui crée des liens entre les gens au-delà des barrières culturelles ou sociales. C’est ça, la démocratisation de la culture : mettre des lieux imaginés pour la haute société à la disposition du plus grand nombre.
(propos recueillis par Eric Le.Mitouard)

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