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LES REPAS FUTURISTES














Les repas futuristes furent inventés par les fondateurs du mouvement du même nom. Le premier manifeste de la cuisine futuriste fut publié en 1930. Selon eux, les hommes pensent, rêvent et agissent selon ce qu’ils boivent et mangent. Ainsi la cuisine devenait une partie intégrante de l’expérience esthétique futuriste. Révolutionnaire dans sa volonté de briser certaines traditions culinaires, selon eux, la cuisine italienne devait avant tout se débarrasser des pâtes, source de lassitude, de pessimisme et d’un manque de passion.

Le repas futuriste parfait requérait de l’originalité et l’harmonie y compris dans l’arrangement de la table et du contenue des assiettes. Certains plats étaient sculptés, notamment certaines viandes afin d’attirer l’œil et encourager l’imagination. La fourchette et le couteau étaient bannies et certaines nourritures parfumées.

Le Manifeste de la cuisine futuriste proposait aussi un changement dans l’organisation du repas. Certains plats ne devaient pas être mangés mais servir juste pour le bonheur des yeux et de l’odorat. La nourriture devait arriver rapidement, être très parfumée et en bouchées. Les discussions politiques et les discours étaient interdits durant les repas ainsi que la musique et la poésie à l’exception de certains intermèdes.

Une des méthodes d’organisation pour l’un de ces « repas parfait » incorporait l’amour des futuristes pour les machines. Certains de ces repas furent organisés dans un faux avion dont la vibration des moteurs était censée stimuler l’appétit. Les sièges inclinés et les tables remuantes devaient secouer les idées préconçues sur les repas pendant que les papilles gustatives des convives seraient mises en éveil par les menus imprimés sur des cartes en aluminium.

Les équipements traditionnels de cuisine seraient remplacés par des appareils scientifiques afin de faire entrer la science et la modernité afin de repousser les limites de la cuisine. Dans la liste de matériel, on préconisait des ozoniseurs afin que la nourriture prenne l’odeur de l’ozone, des lampes à ultraviolet afin d’activer certains vitamines, des électrolyseurs afin de décomposer la nourriture et lui trouver de nouvelles propriétés, des appareils pour pulvériser la nourriture, des autoclaves et des cuiseurs sous vide afin de préserver les vitamines et enfin des outils de mesure afin d’analyser les teneurs en sel ou sucre de certaines sauces.

À l’inverse des autres aspects du futurisme, notamment comparé à la révolution artistique opérée sous l'impulsion de Marinetti et de ses amis, la cuisine futuriste fut un échec. Le peuple italien ne fut pas séduit par le manifeste culinaire et la révolution des tables n’eut pas lieu.







Gâteau élastique et saumon sauce martienne au Banquet futuriste de Londres

Une tranche de fenouil, une olive et un kumquat. C'est l'entrée qui a été servie à la centaine de riches convives réunis dans la British Library de Londres pour un invraisemblable festin alors que le rugissement d'un moteur d'avion et une odeur de clou de girofle envahissent la pièce.

Il s'agit de l'étrange expérience sensorielle du Banquet futuriste. Au menu: une combinaison détonante mêlant expérimentation culinaire, lecture de manifestes politiques et happening artistique, pour le plus grand plaisir des gourmets, artistes, professeurs et diplomates présents.

Comme plat principal, la carte propose un "saumon de l'Alaska en rayons de soleil et sauce martienne". En guise de dessert, un "gâteau élastique", pâtisserie sphérique fourrée au sambayon et décorée d'antennes de réglisse.

Le menu a été élaboré à partir du "Manifeste de cuisine futuriste", rédigé en 1932 par l'Italien Filippo Tommaso Marinetti, le père du Futurisme, ce mouvement artistique et littéraire de célébration de la modernité qu'il fonda en 1909. Mouvement d'avant-garde, le Futurisme s'épuisera dans sa compromission avec le fascisme.

Le livre de cuisine de Marinetti est donc un mélange de manifeste radical, de blagues et de recettes rocambolesques, parmi lesquelles le poulet au roulement à billes, le salami cuit dans le café et l'eau de cologne, et le très énigmatique "carottes + pantalons professeur".

"La cuisine futuriste est révolutionnaire", affirme Lesley Chamberlain, éditeure de l'édition anglaise de l'ouvrage, avant d'ajouter que "le 20e siècle est un siècle de révolutions. La cuisine futuriste est peut-être la plus drôle de toutes, celle qui doit le moins être prise au sérieux, mais c'est tout de même une révolution avec laquelle nous vivons toujours".

En son temps, Marinetti l'amateur de provocations avait fait sensation dans son Italie natale pour avoir proposé l'abolition des pâtes, au motif qu'elles favorisaient "la léthargie, le pessimisme, la passivité nostalgique et la neutralité". Il appelait également à faire entrer la science dans les cuisines du Futurisme, ce dont la "cuisine moléculaire" se fait aujourd'hui l'écho.

Concrétiser la vision exubérante de Marinetti en un repas comestible s'est avéré tout un défi pour les organisateurs du banquet londonien et le chef Giorgio Locatelli. Le conservateur de la British Library, Stephen Bury, a dit regretter l'absence du fameux poulet au roulement à bille, mais "nous avons dû penser au risque de poursuites si quelqu'un s'étouffait".

Au cours du repas, le service était assuré par des serveurs en pyjama de flanelle rayé. Le saumon en sauce martienne, vulgaire morceau de poisson nappé d'une sauce aux anchois, aux câpres et au pesto, s'est avéré "décevant", selon l'un des convives. Presque tous les invités ont toutefois apprécié le gâteau élastique.

Avant d'entrer dans la salle à manger, les convives ont pu admirer une "carne plastica", ou sculpture de viande, composée de 36 poulets, plusieurs pintades, des morceaux d'agneau, de boeuf et de saucisse, surmontés d'un monticule d'émincé de boeuf au miel.

Reste de cela un goût pour la bonne chère, l'avant-garde de ce slowfood dont les Italiens se sont faits les hérauts. Auteur d'un Roi Bombance, Marinetti fut aussi l'auteur d'un manifeste de la cuisine futuriste, dans lequel il prescrivait, entre autres, d'installer des appareils dans les cuisines qui, selon lui, devraient être dotées de : « ozoniseurs pour donner le parfum de l‘ozone aux liquides et mets, lampes à rayons ultraviolets pour rendre les substances alimentaires plus actives et assimilables, électrolyseurs pour décomposer les sucs et les extraits et obtenir, pour un produit nouveau, des propriétés nouvelles, moulins colloïdaux pour pulvériser les farines, les fruits secs et les épices à un très haut degré de dispersion, appareils de distillation à pression ordinaire et dans le vide, marmites autoclaves centrifuges et dialyseurs. L'usage de ces appareils devra être scientifique… des appareils indicateurs enregistreront l'acidité ou l'alcalinité des sauces, et serviront à corriger les erreurs. »

La meilleure part de Marinetti fut ainsi d'avoir préparé la voie à la cuisine moléculaire, qui fait les délices de nos esthètes du jour quand elle est préparée par Hervé This ou, mieux encore, Ferran Adria à Barcelone…

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