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Inventaire du patrimoine gastronomique





















Réaliser un inventaire du patrimoine alimentaire n’est pas une chose facile. Tout d’abord, il y a la notion de patrimoine qui est à définir où se mêle identité culturelle, transmission de savoir-faire, etc. Ensuite il faut déterminer ce qui est accepté dans la catégorie alimentaire. Puis, il faut procéder à la réalisation de cet inventaire en prenant en compte les différentes étapes, mais aussi en se demandant quel en est l’objectif.Les réflexions d’André Chastel et de Dominique Poulot ont mettre de comprendre que la notion de patrimoine a beaucoup évolué en France depuis le XVIIIe siècle. Au départ, le patrimoine avait trois fonctions particulières. La première était religieuse et consistait à collectionner des reliques de saints, objets que la population et l’Eglise respectaient et préservaient. La deuxième, s’incarnant dans des documents écrits, était liée à la monarchie et servait à appuyer la légitimité de cette dernière. La dernière fonction était historique car des érudits recherchaient des curiosités pouvant servir à un enseignement scientifique.
Aujourd’hui toute construction venant de l’homme ou de la nature devient patrimoine. Selon André Chastel, pour que ce patrimoine existe, il faut une réflexion scientifique, une volonté politique et une opinion publique favorable. Chaque élément historique obtient sa place dans le grand monde du patrimoine grâce à la sensibilité de chaque individu. Le rapport avec le patrimoine est une question de sensibilité culturelle et identitaire. Il se construit autour de la conservation et de la destruction. Une fois que le patrimoine est patrimoine, il faut le faire découvrir et paradoxalement le conserver. J’irai un peu plus loin dans la notion de patrimoine en apportant une vision personnelle. Pour moi, une partie de ce que construit l’homme aujourd’hui deviendra patrimoine demain. Dans 100 ans, une maison neuve fera partie du patrimoine parce qu’elle correspondra à une époque et que ce sera un souvenir laissé à nos enfants.
En matière d’alimentation, la notion de patrimoine est un peu plus complexe. Quel genre d’aliment peut devenir patrimoine ? Est-ce que c’est un produit du terroir ? Est-ce que c’est une recette de cuisine ? Est-ce que c’est un produit industriel qui a été inventé il y a 100 ans ? Est-ce que c’est un produit qui n’existe plus ? Le patrimoine alimentaire peut regrouper de nombreux produits, mais dans une société où l’on considère que tout est patrimoine, il faut limiter les sensibilités.
Alors, lorsque l’on travaille sur un inventaire, il est nécessaire de faire une sélection parce que tout le patrimoine gastronomique qui a existé ou qui existe ne peut pas être inventorié. Le choix est difficile à faire pour se concentrer sur une partie des produits. Jean Froc, Mary et Philippe Hyman ainsi que Laurence Bérard et Philippe Marchenay ont définit des critères de sélection des produits pour la réalisation de l’inventaire du patrimoine gastronomique de la Région Centre grâce aux inventaires déjà réalisés. Pour qu’ils entrent dans le répertoire, les produits doivent être commercialisés, exister depuis au moins 50 ans, être produits localement, avoir une certaine renommée, nécessiter un savoir-faire, et avoir une technique de production pérenne.
Une fois que ce travail est réalisé, que devient l’inventaire du patrimoine gastronomique ? A quoi va-t-il servir ? Dans un premier temps, nous pouvons imaginer qu’il permettra de sauver des produits et de relancer une économie autour de ceux-ci. N’y aurait-il qu’une suite économique et « identitaire » pour la reconnaissance d’une région ? Ce sont des questions complexes auxquelles il faudrait répondre au moment de l’aboutissement de ce catalogue et d’inscrire la gastronomie française au patrimoine mondial de l’UNESCO pour pouvoir lui offrir une perspective encourageante. Il me semble nécessaire de prendre en compte la dimension culturelle et la transmission de ces savoirs. Si on sauve quelque chose c’est pour le partager avec d’autres. Préserver ce patrimoine paraît être une chose assez simple étant donné que c’est une question de ressources et de matières premières. Cependant, si le choix de le préserver n’y est pas, comment pouvons-nous faire ?

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