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identité Nationale
















Un débat sur l’identité nationale ? Pourquoi pas dans cette époque de mondialisation ? Si cela pouvait être l’occasion de définir les valeurs qui ont construit la France et de déterminer celles auxquelles les français sont attachés afin d’en faire le socle des politiques futures. Mais est-ce bien cela que l’on nous propose ?
Dans l’inventaire de cet identité devant servir de trame aux préfets pour mener les débats se trouvent les arts culinaires. Effectivement, la façon de se nourrir participant à caractériser les peuples, il sera intéressant de comprendre comment s’est construit ce que l’on appelle « le patrimoine gastronomique ».
Le patrimoine gastronomique s’est construit d’abord au fil du temps. La très grande majorité des fruits et légumes présents sur les étals de nos marchés étaient complètement inconnus de nos ancêtres les gaulois. De cette période, redevenue très à la mode, on pourra retenir une bonne soupe aux choux avec un peu de lard salé et agrémentée de quelques racines. Ensuite, il faut attendre les moines du Moyen-âge et quelques rois développeurs de l’agriculture comme Charlemagne, pour généraliser la vigne et les vergers. Mais c’est surtout la Renaissance qui amena aubergines, melons, asperges, petits pois et bien d’autres venues d’Afrique ou d’Asie via l’Italie. Que seraient nos cuisines traditionnelles sans les tomates, les haricots ou les pommes de terre ? Bien qu’elles ne soient arrivées des Amériques qu’après Christophe Colomb, cela ne fait pas plus de trois siècles que les français les dégustent ! Jusqu’à la baguette de pain, symbole franchouillard s’il en est, inexistant avant 1920.

Le patrimoine gastronomique s’est ensuite construit par l’échange, les voyages, la curiosité des autres, et la générosité. Acteurs de ces échanges – les marchands important les épices de Chine ou des Indes, – les moines passionnés transportant des ceps de vignes d’un bout à l’autre de la terre en inventant greffes et bouturages, – les peuples migrants fuyant les persécutions, les aléas politique ou la misère : juifs andalous, russes blancs, pieds noirs d’Algérie, portugais, italiens, maliens ou chinois, tous ont proposé et propagé leurs traditions culinaires. Tels les paysans devenus soldats dans de lointaines campagnes qui ramenaient quelques graines dans leurs vareuses. Et que dire de la complicité généreuse de générations de cuisinières transmettant et échangeant des recettes !
Le patrimoine gastronomique s’est aussi construit avec quelques coups de pouce du destin, comme la Révolution de 1789, qui a jeté à la rue des escouades de cuisiniers obligés, après la fuite de leurs patrons aristocrates, d’inventer les restaurants et d’y rivaliser d’imagination pour attirer le client. Ajoutez à cela une géographie très variée qui permet toutes les cultures, et vous avez la gastronomie de la France. Gastronomie de la France, mais pas toujours gastronomie française : couscous arabe, paella espagnole, nems vietnamiens ou chinois, pâtes chinoise et pizza (pissaladiere) franco-italiennes sans oublier : bouillabaisse, cassoulet et garbure occitans, axoas basques, potée auvergnate, kouign-amann breton et baeckeofe alsacien, et bien d’autres… Les français partagent ce patrimoine, mais si le but du débat sur l’identité nationale est de ressouder la nation, il faut rappeler aux apprentis ceci : trop remuer la marmite peut provoquer son éxplosion !
La cuisine est affaire de cœur et de générosité, vertus qui manquent quelquefois en politique.

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