mardi

De l'art ou du cochon ?


Une religieuse à la fraise ? Non, une œuvre de Philippe Mayaux, « Savoureux de toi ».




A l’heure où l’on cherche à la classer au patrimoine mondial de l’Unesco, la gastronomie s’affranchit des codes académiques en flirtant ouvertement avec l’art contemporain. Et vice versa.

Gastronomie et art contemporain ? Le sujet est d’actualité. La preuve, le Slick 2009, le off de la Fiac, qui vient de s’achever, organisait cette année une rencontre-débat sur les relations entre les deux univers. Certes, les liens entre art et alimentation ont toujours existé. Mais, fait nouveau, la nourriture n’est plus seulement un sujet de représentation. Triturée, détournée, elle devient un matériau à part entière et nous interroge sur notre rapport à la société de consommation. Une évolution logique quand on sait avec quelle insistance la gastronomie actuelle cherche à s’affranchir des codes étriqués de la haute cuisine.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, dès 2002, la première manifestation du fooding, ce mouvement désireux de bousculer les institutions culinaires pour mieux retrouver le plaisir de manger, avait choisi d’investir le Palais de Tokyo, musée d’art contemporain parisien. Aujourd’hui, le même lieu accueille une autre forme de mariage entre cuisine et performance arty : jusqu’au mois de juillet 2010, un projet culinaire éphémère, baptisé Art Home, s’est en effet posé sur son toit. Dans une structure transparente conçue par Laurent Grasso – artiste récompensé du prestigieux prix Marcel-Duchamp 2008 –, une table d’hôtes accueille chaque jour, midi et soir, douze personnes invitées à vivre une expérience unique. Car le menu, la lumière, l’ambiance, changent quotidiennement.

« La cuisine est d’ordinaire quelque chose que l’on reproduit, explique Gilles Stassart, le directeur culinaire des lieux. Ici, il s’agit de se réinventer à chaque repas. Les hôtes deviennent eux-mêmes un matériau puisqu’ils font partie de cette performance artistique. » Les chefs aussi donnent l’exemple. Thierry Marx, Inaki Aizpitarte du Chateaubriand, Pierre Gagnaire… Ils sont de plus en plus nombreux à collaborer avec des designers, des graffeurs, des plasticiens, des chimistes… « Les cuisiniers essaient de sortir de l’assiette, comme les peintres sont sortis de l’atelier », note encore Gilles Stassart.


Un projet artistique à déguster

Et ce n’est pas Ben Kinmont qui le contredira. Cet artiste américain, passionné d’histoire gastronomique, présente actuellement, en collaboration avec le Centre Pompidou (1), un projet artistique à déguster dans sept restaurants de la capitale. Son idée : demander aux chefs d’interpréter, sous forme de recettes, le changement de vie de sept anciens artistes devenus médecin, professeur de yoga, politicien… Yves Camdeborde par exemple, le chef du Comptoir du Relais (VIe arrondissement), a imaginé le « devenu fermier » sous la forme d’un rôti d’œuf mollet et jus crémeux d’épinard : « Devant une œuvre, on a parfois du mal à comprendre ce qu’a voulu dire un artiste, remarque le chef.

En cuisine, visuellement, ça peut aussi être le cas. Heureusement, on peut se rattraper
et se faire comprendre grâce au goût!». Autre projet provocateur, l’installation de
l’artiste catalan Antoni Miralda, présentée jusqu’au 22 novembre au Musée international des Arts modestes (www.miam.org) de Sète. Baptisée « À table ! », l’exposition illustre notre (sur)consommation alimentaire à grand renfort de vidéos sur la mastication et autres vitrines débordant de junk food. Une réalité pas toujours facile à digérer. 

(1) La liste des restaurants participants est fournie dans l’espace d’exposition du Centre Pompidou (jusqu’au 23 novembre).

Paru le 02.11.2009 dans le Figaro, par Alexandra Michot



Un carrelage en marbre rose ? Non, une installation en salami et saucisson de l’artiste Wim Delvoye : « Marble Floor ».

1 commentaire:

senga a dit…

Passionnant ! je vais me renseigner sur cette expérience de table d'hôtes... Art culture et science...pour en avoir beaucoup parlé avec Thierry Marx, il est tout à fait vrai que les talents et les expériences se rejoignent en cuisine...
cf "L'assiette"...Tout à fait d'accord aussi sur le thème "les mots pour le dire". Notre expérience de bloggeurs et donc aussi de lecteurs de blogs nous renvoie sans arrêt à ce choix des mots pour décrire la sensation, le plaisir ressenti devant l'image et aussi le choix de ces images pour transmettre le plaisir de la bouche