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MANGER L’ART : Art comestible et gastronomie esthétique


Dans le cadre d’une réflexion d’ordre esthétique, MANGER L’ART s’attache au statut de la gastronomie et à son évolution. Un des critères que l’on cite parfois pour définir l’art est son inutilité matérielle, or la cuisine a l’originalité d’être un art utile. Cette table ronde a pour objet d’établir, ou non, un rapprochement entre l’art culinaire et celui d’artistes fondant leur travail sur la nourriture. Ce débat peut s’amorcer par un bref rappel historique dans lequel on relaterait le Eat Art, ce moment d’expérimentation des années soixante. Sans nul doute, ce travail alternatif, transformant le comestible en œuvre d’art, peut être perçu comme une provocation. Déplacant les denrées alimentaires de leur contexte habituel, transformant le comestible en matériau et sujet de ses recherches à valeur expérimentale, ludique ou réflexive. Certains jeunes chefs, à l’instar d’une kyrielle d’artistes fondant leurs problématiques sur la nourriture, travaillent également sur le détournement et ont fréquemment recourt à des objets extérieurs au champ de la restauration. Leur travail s’apparente à celui du plasticien et « usant des différentes armes de leurs palettes », ils composent en fonction du sentiment, de l’émotion qu’ils souhaitent transmettre au spectateur/dégustateur. Actuellement, force est de constater que l’on se situe dans une transversalité des disciplines mettant en exergue des pratiques artistiques aux médiums inhabituels. Cette transversalité unit quelques-unes des problématiques de l’art et de la gastronomie, comme l’interactivité et la place accordée au spectateur d’une part et un certain esprit ludique caractérisé par l’expérimentation d’autre part : le spectateur/dégustateur devient acteur et participe pleinement au processus gustatif/créatif. Devant une assiette dans laquelle les éléments lui sont présentés de manière déconstruite, il doit reconstruire les saveurs. Les interprétations sont donc infinies et chaque mangeur invente son propre plat.


Admettre l’idée que la gastronomie est un art, au même titre que la musique, la littérature ou d’autres disciplines, nous amène à suivre l’évolution de son statut dans le cadre d’une réflexion d’ordre esthétique. Admettre l’idée que la nourriture est entrée dans l’art et l’art dans la nourriture, nous amène également à concevoir le comestible comme une image, un son, une odeur ou encore un objet. C’est à partir de ces deux disciplines, arts plastiques et gastronomie, qui présentent toutes deux cette particularité de s’adresser à nos 5 sens, que nous nous interrogerons sur la manière d’établir un lien entre elles mais également sur la place que joue la nourriture dans les arts plastiques d’aujourd’hui et de demain. Ces pistes de réflexion n’ont rien d’innocent sur une planète qui voit chaque jour près de 852 millions de personnes touchées par l’insécurité alimentaire. Peut-on avoir un discours d’ordre esthétique sur la nourriture quand pour certains elle est une denrée rare. La question de l’art culinaire est elle un luxe et quels sont ses enjeux ?
Afin de mettre en regard ces notions intégrant l’ensemble des activités qui participent à la fonction d’alimentation dans notre société, nous avons pris le soin d’inviter, avec nous, aujourd’hui, quatre intervenants qui ont cette caractéristique d’être représentatifs et de faire le lien entre art et gastronomie.


Within the framework of an aesthetic thought, MANGER L’ART deals with the status of gastronomy and its evolution. One of the criteria sometimes used to define art is its material pointlessness, but the originality of gastronomy is that it can be useful and art. The aim of this round table is to establish, or not, a link between the art of cooking and the work of artists who base their creation on food. We can to start with a short historical summary about the Eat Art movement, the time of the Sixties. This alternative work, transforming the edible into a work of art, can be seen as a provocation. It shifted the boundaries of food, putting it in a new context, transforming the edible into material and subject of its experimental researches. Some “chefs” also work on food diversion and frequently use external materials, at first sight, without any link with food. Their “works“ are connected with the artists ones and "using the various weapons of their pallette", they cook according to feelings and emotions they wish to transmit to spectators. Actually, we have to admit that crossing subjects become more and more important. Indeed, art and gastronomy share sometimes the same issues, like interactivity : the part of the audience is much more important than before.A kind of playful spirit characterized those works : the audience becomes actor and participates in the cooking process : in front of a plate with different elements, he must rebuild flavours. Thus, interpretations are multiple and everybody creates its own dish.
(Sorbonne 2006)

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