mardi

vin de terroir et vin technologique






J'entends souvent dire que pour acheter un bon vin, il faut acheter un vin de terroir...

La définition de ce qu’est un bon vin est toute subjective. Pour Jean-Robert Pitte, universitaire spécialiste du vin, les vins de terroir procurent plus d’émotion et de mystère que les vins technologiques ou « passe-partout ».

Tout le monde souhaite faire du bon vin. Cela rime-t-il avec un vin "techno, bien fait", ou vin "de terroir, naturel" ? Qu’est-ce qu’un bon vin ? s’agit-il d’un vin de plaisir immédiat, d’un vin cher, d’un vin parfait sur le plan organoleptique, d’un vin de terroir ? Jean-Robert Pitte, géographe, président de l’université de la Sorbonne et écrivain spécialiste du vin, a animé un débat sur cette question lors du récent forum de l’Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation à Tours. Jean-Robert Pitte oppose « les vins technologiques, passe-partout, sans émotion mais où l’on trouve quand même du plaisir » aux vins « géographiques, de terroir, qui ressemblent à leur terroir et aux vignerons que le font ».
Pour l’universitaire, « le bon vin est presque une personne vivante, qui ne sera plus le même le lendemain, et qui saura toucher une corde sensible chez celui qui le boit ». Pour Jean-Claude Ribaut, chroniqueur gastronomique au Monde, « une rencontre avec un bon vin c’est un don consenti. Le vin est obligatoirement lié au partage, à la convivialité, à la cuisine ». Henry Marionnet, viticulteur sur une cinquantaine d’hectares à Soings en Sologne, a lui une définition beaucoup plus simple du « bon » vin : « comme disait mon père, un bon vin c’est quand un verre en appelle un autre. Nous essayons de faire des vins que l’on aime et qui nous semblent bons pour la santé. Le vin donne du plaisir, sinon une émotion, on doit se sentir bien après l’avoir bu, il doit être comme un élixir de jouvence. » Henry Marionnet pratique les vendanges manuelles, les fermentations intracellulaires, évite l’emploi de levures sélectionnées, limite l’apport de SO2 et la chaptalisation. Il est aussi connu pour sa cuvée « Vinifera », un gamay issu d’une vigne non greffée. Ce viticulteur possède également des vignes non greffées en sauvignon et côt. « Pour faire du bon vin, il faut du bon raisin. On n’est pas là pour doper les vignes à surfabriquer du raisin. Nous laissons la vigne donner ce qu’elle a, avec des traitements minimum, à la limite de la rupture. La nature ne se domine pas tant que ça », souligne Henry Marionnet.
Thibaut Boulay, agrégé d’histoire et fils d’un vigneron en Sancerre estime également que le bon vin est indissociable de l’authenticité : « il s’agit d’un vin ‘naturel’, respectueux des sols. Le travail avant la vendange est aussi important que celui fait après. »

« Les vins ne doivent pas être élitistes »
David Cobbold, journaliste et consultant britannique, est en revanche beaucoup plus critique envers la notion de « vin naturel » : « Le vin purement naturel donne du vinaigre. On navigue trop dans le mythe. Avec pas ou peu de soufre, des problèmes techniques apparaissent. Les vins pétillent ou sentent l’écurie ». Et en opposition à Jean-Robert Pitte fustigeant les vins technologiques qu’il compare à du Coca-Cola, David Cobbold affirme la nécessité d’avoir des « vins techno, bien faits » : « les vins ne doivent pas être élitistes. Des vins simples, de soif, de plaisir immédiat sont vitaux pour faire prospérer le marché du vin. Un nouveau consommateur ne commence pas par des vins géographiques. 80% des vins vendus dans le monde le sont à moins de cinq euros. » Le journaliste britannique « défend les vins de marque », par exemple ceux de la marque australienne (aujourd’hui propriété de Pernod-Ricard) Jacob’s Creek. « Dire que les vins technologiques c’est bon pour les nouveaux consommateurs, c’est abaisser le niveau d’un produit culturel pour le rendre plus accessible et c’est un peu méprisant pour les consommateurs, rétorque Jean-Robert Pitte. Lors de dégustations, les étudiants qui pourtant n’y connaissent rien comprennent la différence entre des vins technologiques et des grands vins. Les débutants aussi ont droit à la qualité et à des vins de sensibilité ».

Pour l’universitaire, le modèle français du vin de terroir va se développer dans le monde: la « nature humaine engendre la diversité et la tendance est à la complexification de l’offre. Le monde va compter de plus en plus de véritables connaisseurs du vin ».
Sources : Ligérienne de presse et Viti-net

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