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La Ruée vers la patate.

La "Papa" dans les Andes.
Fruit d'hybridations naturelles, "Solanum tuberosum" (notre pomme de terre) semble avoir spontanément prit naissance dans les pays andins et plus particulièrement près du littoral du Pérou actuel. En effet, 200 ans avant notre ère, des pommes de terre apparaissent sur des poteries découvertes près des côtes du Pérou. C'est dans la région du lac Titicaca, dans des terrasses irriguées et fertilisées avec le guano, (déjections d'oiseaux marins) que la pomme de terre fût cultivée à l'origine.





De cette région (Pérou, Bolivie), la culture de la pomme de terre s'élargit au Nord du Chili, au Nord Ouest de l'Argentine et au Sud de l'Equateur, délimitant approximativement le futur empire Inca. Elle prit alors progressivement le nom quetchua de "papa". Elle porte d'ailleurs toujours ce nom en Amérique Latine. Les principaux outils utilisés par les Incas pour cultiver la pomme de terre sont la chakitaklla et la dorana. La chakitaklla est composée d'un long manche équipé d'un appui pied. On l'enfonce dans la terre et on la fait pivoter grâce à un point d'appui se trouvant sous le manche. Cet outil est encore largement utilisé en agriculture andine d'altitude. La dorana ressemble à une houe. La lame, plus ou moins large, est fixée sur un long manche par une lanière. Elle est utilisée pour labourer et biner.

Les conquistadors du Nouveau Monde.
Au 16e siècle, si les conquérants espagnols n'atteignirent pas l'Eldorado, ils découvrirent d'autres richesses parmi lesquelles des produits de l'agriculture locale : cacao, maïs, haricots, lupins, tomates, courges, coton, coca, tabac et une plante dont on consommait les parties souterraines, la papa. Ce serait donc dans un but scientifique et comme provision de route, pour varier l'ordinaire, que la pomme de terre arriva en Europe.

Du Pérou jusqu'en Europe.
Deux voies de pénétration sont supposées :
La première par l'Espagne (en Andalousie elle s'appelle encore papa) :
De l'Espagne, Philippe II envoya des tubercules à Rome au pape Pie IV, sans doute par analogie au mot américain papa. Le pape en envoya au gouverneur de Mons en Belgique qui en donna lui même à un professeur de l'université de Leyde qui séjournait alors en Autriche. De là, la pomme de terre se propagea en Allemagne et en Suisse puis dans l'Est de la France.
La seconde voie, ouverte quelques années plus tard, via le Mexique, la Virginie d'où elle atteindra le Canada, la Grande-Bretagne, l'Irlande et les pays nordiques est plus contreversée. A la fin du 18e siècle, la pomme de terre devient la principale production agricole d'Allemagne. Elle est cultivée également en Autriche, Flandres, Suisse, Irlande, Suède et dans certaines provinces de l'Est de la France.

La pomme de terre en France.
Les premières plantations de pommes de terre les truffoles" sont localisées en Ardèche au milieu du 16e siècle. Officiellement c'est Olivier de Serres qui, en 1600, les cultive pour la première fois en Vivarais. Probablement arrivée par la Suisse, la pomme de terre est cultivée au 17e siècle en Franche Comté, en Dauphiné, en Bourgogne pour le nourrissage animal principalement. La population française est rétissante vis à vis de cette plante souterraine de la famille des solanacées comme la belladone, la mandragore et d'autre plantes toxiques... En outre, il s'agit d'une plante qui pousse par plantation et non par germination, elle n'est pas mentionnée dans la bible et sa culture est si facile, qu'elle ne peut être que le "fruit du diable"...

Ce n'est qu'en 1737 que nait à Montdidier, Antoine Augustin Parmentier, c'est à dire près de 100 ans après l'introduction de la pomme de terre en France. Captif en Allemagne, le jeune pharmacien militaire apprécie, par sa propre expérience, la valeur nutritive de ce légume. Libéré en 1763, il entreprend une campagne d'information pour vulgariser sa culture en France. Il publie un "Ouvrage économique sur la pomme de terre, le froment et le riz" puis, en 1773 un "Examen chimique des pommes de terre". En 1781, il reprend et développe une thèse sous le titre "Recherches sur les végétaux nourissants qui, dans les temps de disette, peuvent remplacer les aliments ordinaires, avec de nouvelles observations sur la culture des pommes de terre". C'est par un double stratagème qu'il y parviendra... En apportant des tiges fleuries qu'il offrira à Louis XVI. C'est ainsi qu'il fit découvrir et apprécier au roi ce fameux tubercule.
En cultivant 54 arpents (environ 2 hectares) dans la plaine des Sablons (aujourd'hui Neuilly) qu'il fait garder par la troupe. La rumeur court que si l'armée est là pour en interdire l'accès c'est que ce qui y pousse doit avoir de la valeur. Parmentier supprime alors la garde du terrain la nuit...Les voleurs constatent alors que les pommes de terre n'entraînent aucune maladie et en assurent la publicité. Cette initiative contribua à introduire la pomme de terre dans la société française. Ce sont les instituteurs et les prêtres qui donnèrent l'exemple en la cultivant dans leurs jardins. Avec la famine de 1789, la culture de la pomme de terre se généralisa pour devenir un produit de base de notre alimentation.

« La Pomme de Terre: de la Renaissance au XXIe siècle, Histoire, Société, Économie, Culture »

Dans le cadre du projet de classement du patrimoine culinaire et gastronomique au patrimoine culturel et immatériel de l’UNESCO, le CeHVi et l’IEHCA organisent ce grand colloque international sur la Pomme de Terre. Il s’inscrit dans le projet "2008 année mondiale de la Pomme de Terre" de la FAO et dans les manifestations liées à l’accueil par la France du Congrès mondial de la pomme de terre en mars 2009.Légume qui semble banal tant il est entré dans les mœurs, la pomme de terre est pourtant un produit connu dans l’espace amérindien depuis le XVIe siècle apparu au XVIIe siècle dans l’assiette des Occidentaux, c’est-à-dire relativement récemment, et qui reste ignoré de régions entières du globe. Longtemps ressource vitale des potagers familiaux, sa place dans les sociétés contemporaines peut être appréciée à l’importance de la filière agro-alimentaire qu’elle a engendrée en Europe et aux États-Unis. Elle figure dans l’imaginaire collectif, aussi bien pour ses maladies ou la famine en Irlande, que pour certaines des formes sous lesquelles elle est consommée, la frite belge ou française, les flocons déshydratés, les chips. Elle n’est pas absente de représentations picturales, à l’instar des scènes quotidiennes que Van Gogh ou Lhermitte lui ont consacré. Enjeu de réglementations publiques ou d’incitations à la production, elle n’échappe pas à des choix politiques dans les circonstances particulières des conflits. Si sa consommation diminue quand le niveau de vie augmente, elle n’en suscite pas moins des stratégies commerciales multiples, relevant de la commercialisation d’espèces nouvelles ou remises à la mode ainsi que de conditionnements adaptés à des exigences pratiques et nutritionnelles. Elle a récemment conquis de nouveau les tables des grands chefs.
Ce colloque international se propose d’aborder tous les thèmes traitant de la pomme de terre sans restriction, non seulement d’un point de vue historique, mais aussi économique et géographique, artistique et sociologique, scientifique et médical. Il ne se limite ni à la période contemporaine, ni à la France, mais veut essayer de donner une vision globale de la place de la pomme de terre dans les civilisations.

Le colloque se terminera par un repas historique autour de la dite pomme de terre. Un repas fin XVIIIe début XIXe organisé par le lycée hotelier de Blois.

Sources : potato.ferriere.org

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