vendredi

Saveur sacrement religieuse, à la crème




Si chaque religion a pour caractéristique de prêcher pour sa "paroisse", elles ont en commun de proposer à leurs fidèles tout un rituel de prescriptions et traditions alimentaires.


Hier soir, je suis allé écouter Stéphanie Schwartzbrod pour la sortie de son ouvrage "Saveurs sacrées" dans lequelle elle dresse un inventaire comparé. Tout en approfondissant leur sens théologique, elle explore le calendrier et les menus de fêtes, rassemble quelque quatre-vingts recettes liées aux temps forts de chaque confession, depuis l’Épiphanie et sa galette (janvier) jusqu’au boregh d’Hanoucca (décembre), en passant par le hammentachen de Pourim, le couscous aux fèves de Pessah, la chorba du Ramadan, la mrouzia de l’Aïd el-Kebir, le poulet aux épices et aux olives de Kippour, la bûche de Noël... Autant dire que, si ce livre raconte et commente la sacralité de certaines préparations, il nous transmet surtout, savoir-faire à l’appui, la tradition festive et gastronomique des trois grandes religions monothéistes. L'homme ne mange pas seulement pour se nourrir: le partage du repas est un élément important des relations sociales et la nature des produits consommés un facteur de distinction sociale ou culturelle.
Dans la dimension culturelle de la nourriture, nous devons faire une place importante au domaine religieux. En effet, les interdits alimentaires font partie de la plupart des religions (c'est un des éléments importants de la pratique du Judaïsme et l'Islam interdit la consommation du porc et de l'alcool). Le christianisme, qui connaît le péché de gourmandise, a supprimé progressivement les interdits alimentaires du Judaïsme pour mettre en valeur la règle du jeûne et de l'abstinence qui introduit des contraintes importantes pour la préparation des repas (interdiction de consommer de la viande et des matières grasses d'origine animale pendant les jours réputés maigres).
La dimension religieuse de l'alimentation dans l'occident chrétien apparaît en particulier et de manière significative dans les nourritures liées à des symboles religieux et dans ce que nous avons appelé "l'héritage des moines".
L'héritage des moines représente l'aspect économique de la question religieuse au Moyen Age : les monastères sont des lieux de production et de créativité économique. Cela se traduit par la création de produits alimentaires parfois directement liés au culte religieux (culture de la vigne pour la production du vin "de messe"). Actuellement, des vins prestigieux, des fromages célèbres, des bières sont actuellement les héritiers de cette économie monastique agroalimentaire.
Les nourritures symboliques sont soit représentatives d'une association traditionnelle entre un produit et une fête d'origine religieuse (la bugne et le Carnaval, la crêpe et la Chandeleur), soit un élément important de la théologie : Adam et Eve sont chassés du paradis terrestre pour avoir mangé "le fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin" - Genèse 3.3, le pain et le vin sont le corps et le sang du Christ dans le dogme de la religion catholique, Jésus est souvent représenté comme "l'agneau de Dieu".


Mais existe-il un rapport entre l'agneau pascal et le mouton de l'Aïd el-Kebir?
Et pourquoi les traditions culinaires ne seraient pas la clé aux clivages religieux...

(source Maitre Chiquart)

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