vendredi

La Table sous le Siège de Paris de 2007

Pendant le siège de Paris, l'abbé de Saint André, vicaire de Saint Augustin, écrivait le 1er octobre 1870 : "Impossible d'avoir boeuf ou mouton sans faire queue à la Halle. Les bouchers trichent tant qu'ils peuvent pour faire élever la taxe...".

Ce midi, j'ai tenté de faire découvrir à mes fils une chaîne de restauration en libre-service présente en France, Espagne, Portugal, Italie, Pologne et plus récemment Russie. Cette chaîne appartient au groupe Mulliez (Auchan, etc.). Son nom, obtenu par la contraction des deux mots anglais : "fast" (vite) et "lunch" (déjeuner), apporte une sonorité alléchante pour la jeunesse.

Mais lorsque nous sommes rentrés dans l’antre, nous nous sommes retrouvés emportés par la foule, par son absence de réflexion, guidée par les émotions primaires (de l'être humain), pour lesquelles l'instinct sert à combler des besoins premiers que sont la soif et la faim.
Malgré le prix de mon onglet échalote, dont 70% du prix correspondent à des taxes égrainées, et dont il n’a de fibres carnées que celles de l’évolution vertigineuse de son tarif au fil des années, je me suis laissé tenter par cette fade photographie.
Quand vint le temps de relever mon relevé (plat de résistance) au comptoir du grill, l’effroi fut saisissant au vue de la masse de clients en attente d’une éventuelle pièce de viande, comme sous époque de récession. L’équipier chargé de l’accueil, si l’on peut appeler cette expérience ainsi, de la prise de commande sans commercialisation, de la préparation culinaire, si l’on peut appeler cela ainsi, et du service, dans son débordement, fut des plus désagréable avec les convives.

Serions nous dans une récession économique, une diminution passagère de la production, pour que le consommateur, payeur, et que la gastronomie française soient aussi durement malmenés ?

Rappelons, pour l'anecdote, que le Siège de 1870 fit savourer des mets inattendus dans les restaurants et dans les familles : cheval à la mode - ânon baptisé veau - rats au champagne - cervelles de chien (très appréciées) - consommé de cheval au millet - brochettes de foie de chien beurre maître d'hôtel - émincés de râble de chat mayonnaise - civet de chat aux champignons - bégonias au jus - plum pudding à la moelle de cheval (menu servi le 4 décembre 1870 dans un restaurant du 9eme arrondissement).

Rien de cela ne paraît choquant si l'on admet les modes culturels d'outre France, et si le service est agréable, ce qui devient rare dans l'hexagone.

2 commentaires:

Virginie a dit…

Alors je pense que si le restaurant en question changeait son menu...et servait les mets cités en dernier...tu aurais fait la queue moins longtemps...

Le constat est malheureusement là, le repas perd de sa convivialité, et ne sert qu'à remplir l'individu qui doit reprendre son labeur dans la foulée...
La gravure me rappelle le gouter des ouvriers des débuts de l'air industrielle qui consistait en un verre de vin ou de gnôle pour reprendre forces...
Mais avec des gens comme toi, la partie ne semble pas perdue!J'ai très bon espoir!

J'ai déjeuné à midi avec une amie dans une merveilleuse pizzéria italienne, pâte fine et croustillante, ingrédients frais, chaleure humaine, les papilles se délectent et les serveurs nous chantent l'italien... mains sérrées, kir offert, quand ce n'est pas le digestif ou les deux...

Bref de très bons moments comme on les aime et qu'il faut savoir savourer quand on les vit!

Kilien Stengel a dit…

Merci Virginie,
Dans la qualité d'un repas, il est vrai que le mets est un facteur, et que l'ambiance en est un autre. Mais peut-on, même si l'on se le doit, se lever chaque matin en servant tout instant comme un moment de bonheur ? la réponse devrait être oui, à partir du moment où le consommateur paye son bonheur.
Autre question existentielle : Peut on évaluer numérairement le prix du bonheur et de l'hédonisme et en faire un commerce?